Une résolution pour 2017

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MOI, DANIEL BLAKE

KEN LOACH

        Que Ken Loach, octogénaire révolté, ait encore de quoi donner une forme à ses idées, est surprenant. Il en a fait râler plus d’un en recevant sa deuxième Palme d’Or, pourtant il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne rien ressentir devant ce manifeste (du parti socialiste) où on entend enfin d’autres voix que celles de la minorité. Faisant de Dave Johns, acteur émouvant et culotté, le porte-parole de ses sentiments, l’anglais démontre l’amplitude d’un mouvement social en réponse aux aberrations d’un système administratif presque kafkaïen. Malgré des exagérations un peu trop naïves, le film garde une dimension à la fois sociale et intimiste, en prenant pour sujet d’étude une mère monoparentale et ses deux enfants, aidés par Daniel Blake, humble charpentier en congé maladie non payé sortant d’une crise cardiaque. Chacun doit s’occuper de plusieurs démarches sensées leur apporter sinon un emploi, des allocations : sauf que cet algorithme administratif ne fonctionne pas vraiment, à vrai dire il est fait de contradictions si absurdes qu’on arrive à en rire. Daniel Blake passe des heures, assis à son bureau, à attendre qu’on « prenne son appel en compte » et deux heures après, on lui reproche de n’avoir pas fait les choses dans le bon ordre et que, par conséquent, il ne peut pas recevoir tel papier car il n’a pas envoyé telle demande… C’est un véritable casse-tête fait de papiers et de signatures, bardé de procédures insolubles auxquelles se heurtent ces deux personnages en proie au désespoir : leur seul issue reste naturellement la solidarité, la résistance collective au prix d’en faire pâtir la propre image qu’on a de soi. Ken Loach a été sage de faire de sa rage le principal moteur de ces personnages par le biais desquels il pointe du doigt tout ce qui le révolte : tant de personnes usées par la solitude, l’hypocrisie d’un dispositif démagogue qui se referme sur lui-même et délaisse toute une majorité qu’on a l’habitude de passer sous silence, la classe ouvrière (ici anglaise) soumise à cet abandon prématuré face au combat contre les anomalies avec lesquelles elle doit travailler. Le discours reste centré sur eux sans jamais effleurer la niaiserie du socialisme complaisant : si beaucoup de scènes se passent dans des bureaux aux employés formatés, sans que l’action n’avance d’un pas, c’est pour que la révolte subite, voire irréfléchie de cet ouvrier anglais soit justifiée.

        Le scénario ne s’emmêle pas dans des réflexions tordues, son schéma est simple mais efficace. Il n’y a pas de grande originalité ni de flamboyance dans ce témoignage – car on peut bien parler d’un témoignage au vu de son aspect documentaire. On adhère totalement à ce que dénonce le réalisateur ; son cinéma est franc, épuré et accessible, dénué de tout snobisme et de notions abstraites. Il n’use d’aucune complaisance envers les sociologues et les économistes, il en est même à l’opposé et se fait le leader d’un mouvement de la raison combattant les dérives d’un système corrompu par l’habitude de l’inefficacité. On oublie parfois qu’il s’agit d’un film, tant la caméra se glisse naturellement dans ces décors trop propres hantés par les chômeurs. Les acteurs sont d’ailleurs plus des porteurs de messages que des personnages en eux-mêmes. Mais finalement, on apprécie Moi, Daniel Blake pour son authenticité et surtout, les liens qu’il parvient à tisser entre une œuvre et ses spectateurs, de sorte qu’on retrouve foi en notre entourage, avec cette agréable sensation de sentir la solidarité nous réunir tous en une période où elle semble être la meilleure arme…

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