Le fameux « yes we can », était-ce vrai ?

Barack Obama va quitter la Maison Blanche après huit ans passés à gouverner la première puissance mondiale. Nous faisons le bilan de ces succès et ses échecs.

L’heure du bilan a sonné pour Barack Obama qui prononce ce mardi son « discours d’adieu » (son « farewell speech » en VO) à Chicago. Le 44e président des Etats-Unis cède sa place à Donald Trump après deux mandats. J’ai essayé d’en dresser le bilan avec l’aide de deux intervenants aux avis souvent contrastés.

Une relance économique ternie par des inégalités accrues

Arrivé au pouvoir en 2008, au milieu d’une crise financière et économique majeure, le premier défi de Barack Obama a été de redresser la barre. Comment ? « Dès mars 2009, un plan de relance a permis d’injecter 800 milliards de dollars dans l’économie américaine », souligne Vincent Michelot, professeur d’histoire politique des Etats-Unis à Sciences-Po Lyon. Avec quels effets ? Le taux de chômage est revenu à son plus bas niveau depuis neuf ans, à 4,6 % en décembre 2016, après avoir frisé les 10 % entre 2009 et 2010. « L’emploi est reparti, mais d’un point de vue social, les conséquences de la crise se font toujours sentir. La reprise ne s’est pas matérialisée pour les Américains les moins diplômés et les inégalités se sont creusées », observe le chercheur.

John R. MacArthur, journaliste américain et directeur du Harper’s Magazine et auteur de L’Illusion Obama, estime que le 44e président des Etats-Unis aurait pu en faire bien plus pour « encadrer la spéculation financière ou freiner les délocalisations qui nuisent au Midwest. Cette crise est la pire que le pays ait connue depuis la Grande Dépression [dans les années 1930]. Dans un tel contexte, Obama aurait pu restaurer le Glass-Steagall Act [une loi séparant banques commerciales et banques d’investissement] et réformer les accords de libre-échange avec la Chine et les membres de l’Alena ».

Obamacare, LA grande réforme de sa présidence ?

Pour Vincent Michelot, le Patient Protection and Affordable Care Act (la loi sur l’assurance maladie surnommée Obamacare) est « LE texte de sa présidence ». Cette loi a été votée en 2010, à l’issue d’un débat violent, sans les voix des parlementaires républicains. « En 2008, près de 50 millions d’Américains n’étaient pas assurés. L’Obamacare a permis à 16 à 20 millions d’entre eux de le devenir ».

John R. MacArthur est toutefois « déçu » par l’Obamacare. « Cette couverture n’est pas universelle, c’est un leurre : des millions d’Américains n’ont toujours rien. De plus, elle renforce le pouvoir des assurances privées, sans encadrer le prix des médicaments », déplore l’éditorialiste.

Des rapprochements diplomatiques et des échecs à l’étranger

Sur le plan diplomatique, « sa grande réussite, c’est l’accord avec l’Iran », affirme John R. Arthur. « Il a démontré son courage en résistant aux pressions d’Israël et de l’Arabie saoudite pour cet accord essentiel pour la paix », estime-t-il au sujet de cet accord conclu avec Téhéran pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire en échange de la levée des sanctions. « C’est l’une de ses grandes victoires, même si elle est très fragile », abonde Vincent Michelot.

Le 44e président des Etats-Unis a également posé les rails d’une normalisation des relations avec Cuba dès décembre 2014. Un rapprochement déjà concrétisé par « des centaines d’accords commerciaux entre chambres du commerce et entreprises et la réouverture de vols quotidiens entre les deux pays, ce qui constitue une garantie économique et financière », souligne Vincent Michelot.

Une de ses promesses de campagne n’a toutefois pas été tout à fait tenue : le retrait des troupes d’Irak et d’Afghanistan. Les effectifs militaires ont diminué, mais il reste environ 5 000 soldats américains en Irak et 8 400 en Afghanistan. Le conflit syrien a également mis en difficulté Barack Obama, qui a lui-même confessé une forme d’impuissance sur ce dossier. « En changeant d’avis et en refusant une intervention, il a fait le bon choix », juge toutefois John R. MacArthur. Sur le plan de la lutte antiterroriste, l’exécution d’Oussama ben Laden en mai 2011 fait elle aussi débat, certains déplorant que le leader d’Al-Qaida n’ait pu être jugé et incarcéré.

Fermer Guantanamo, une promesse difficile à tenir

C’était l’une de ses promesses de campagne en 2008. Barack Obama voulait en finir avec ce symbole des excès de la lutte antiterroriste post-11-Septembre, aux dépens des droits de l’homme. En huit ans, le nombre de détenus a baissé, mais le camp militaire sur l’île cubaine n’est pas vide et il reste ouvert. La faute à un « casse-tête » selon Vincent Michelot : « Où envoyer les détenus ? Barack Obama voulait les transférer sur le sol américain dans une prison de haute sécurité. Mais il ne peut pas forcer le Congrès à voter des crédits supplémentaires pour la construire ».

L’obstacle du Congrès, fréquemment évoqué pour expliquer certains « échecs » de Barack Obama, est balayé par John R. MacArthur. « C’est sa responsabilité, il a perdu les élections en 2010, car une partie de son électorat n’est pas allée voter. »

Violences et tensions raciales

Les deux mandats de Barack Obama ont été marqués par la hausse du nombre de tués par arme à feu. Ils n’ont pas non plus été exempts de morts de Noirs américains sous les balles des policiers. John R. MacArthur déplore un statu quo sur le racisme, les droits civiques et la surveillance de masse [l’affaire Snowden a été révélée en 2013], justifié selon lui par « sa prudence face au parti démocrate, très puissant, auquel il est très fortement lié. Pour réformer le pays il aurait fallu réformer le parti démocrate. Il ne l’a pas fait, ce qui explique en partie le résultat de l’ élection présidentielle de 2016 ».

« On ne peut pas sous-estimer le choc positif qu’a constitué l’élection du premier président noir aux Etats-Unis. Un choc qui a généré une espérance extraordinaire, qui ne pouvait qu’être déçue », estime Vincent Michelot, qui rappelle qu’aux Etats-Unis, le président n’a pas le pouvoir de changer le Code pénal, et la puissance du lobby pro-armes. Une réalité loin de la « présidence magique » imaginée par les Européens.

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