Des économistes allemands redoutent « une guerre commerciale » avec les Etats-Unis

L’industrie allemande pourrait perdre 1,6 million d’emplois si Washington mène une politique économique protectionniste.

Une peur de Donald Trump a saisi l’Allemagne. Jusqu’ici restés prudents dans leurs commentaires sur le président américain, les économistes ne mâchent plus leurs mots : ils redoutent maintenant un scénario catastrophe pour l’économie allemande si Donald Trump mettait ses plans de barrières douanières à exécution. « Il faut faire cette dure constatation : nous sommes sous la menace d’une guerre commerciale et économique avec les Etats-Unis », a déclaré le président de l’Institut économique de Berlin (DIW), Marcel Fratzscher, au journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung.

L’hebdomadaire de Francfort interrogeait, dans son édition du dimanche 29 janvier, les directeurs des plus grands instituts économiques du pays. Tous ont fait le même constat, implacable : l’économie allemande souffrirait considérablement d’une politique de protectionnisme menée par les Etats-Unis. Clemens Fuest, président de l’institut de Munich Ifo, évalue les dommages pour l’industrie à 1,6 million d’emplois, si les relations commerciales germano-américaines en venaient à être réduites à zéro. Un million d’emplois dans l’industrie exportatrice allemande sont directement liés aux échanges avec les Etats-Unis, qui s’ajouteraient aux 600 000 employés des entreprises américaines en Allemagne, menacés au cas où l’Europe serait obligée de prendre des mesures de rétorsion.

Dennis Snower, président de l’Institut pour l’économie mondiale de Kiel, pousse l’inquiétude un cran plus loin. Il établit un parallèle lourd de sens en Allemagne entre la période actuelle et l’entre-deux-guerres, où les conflits commerciaux avaient laissé s’effondrer l’économie mondiale, avec les conséquences politiques fatales que l’on connaît. « De cette expérience amère, nous avons tous tiré les leçons, sauf Donald Trump. Nous vivons à une époque où l’ordre mondial libéral est remis en question », déplore l’économiste.

Le premier client de l’industrie allemande

Les Etats-Unis sont devenus en 2015 le premier client de l’industrie allemande, devant le Royaume-Uni et la France. Près de 10 % du total des exportations allemandes sont partis l’an dernier pour les Etats-Unis, soit 143 milliards d’euros. Avec un excédent commercial de 56 milliards d’euros, le chiffre qui a sans doute heurté la sensibilité du président américain.

L’industrie automobile, qui a vendu outre-Atlantique pour 32 milliards d’euros de véhicules et de pièces l’an dernier, serait la plus affectée. Selon l’institut économique de Kiel, 200 000 emplois dans ce secteur en Allemagne dépendent directement des exportations vers le marché américain. Viennent ensuite les constructeurs de machines (21 milliards d’euros exportés), qui avaient particulièrement profité de la politique de réindustrialisation lancée sous la présidence Obama. Les industries pharmaceutiques (12 milliards de biens exportés) et électronique (9 milliards) souffriraient également de la fermeture du marché américain.

Mais, au-delà des données d’exportations, ce sont les relations économiques étroites entre les deux pays qui se trouveraient ébranlées. Tous les grands groupes allemands ont un siège aux Etats-Unis, et certains y mènent une politique de développement très active. Ainsi, 3 500 filiales d’entreprises allemandes sont implantées aux Etats-Unis, où elles emploient plus de 620 000 personnes. La ville de Charlotte, en Caroline du Nord, est considérée comme un « hub » allemand, avec près de 200 entreprises installées.

« Il n’y a pas de produit allemand qui soit exclusivement allemand »

Des milliers d’emplois sont directement et indirectement liés à l’activité de grands groupes comme Daimler ou Siemens, qui y produit des pièces pour son activité énergie, et des entreprises de taille moyenne dans la métropole. Les entreprises allemandes y exportent non seulement leurs biens, mais aussi leurs conventions collectives et leur culture de l’apprentissage, très appréciées aux Etats-Unis, où l’accès aux études supérieures et techniques est coûteux.

Le groupe allemand SAP emploie plus de personnes aux Etats-Unis qu’en Allemagne. BMW, que Donald Trump a directement menacé d’une augmentation des droits de douane dans une interview au journal Bild, entretient à Spartanburg, en Caroline du Sud, sa plus grosse usine mondiale. Quant au groupe chimique et pharmaceutique Bayer, dont le PDG a été reçu par le président américain la semaine dernière, il s’apprête à mettre 66 milliards d’euros sur la table pour racheter son concurrent américain Monsanto.

Mais les économistes notent surtout l’absurdité de barrières contre un pays en particulier, dans un monde où la production est globalisée. « Il n’y a pas de produit allemand qui soit exclusivement allemand, de même qu’il n’existe aucun produit exclusivement américain », note Marcel Fratzscher. Et de citer l’exemple des chaussures de sport Reebok, qui appartiennent en fait au groupe Adidas, produites non pas en Allemagne mais en Asie, souvent sur les mêmes lignes de production que celles de son concurrent Nike.

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