Oscars 2017 : « Moonlight » sacré meilleur film, six statuettes pour « La La Land »

La 89e cérémonie des prix du cinéma américain a été marquée par le sacre de deux acteurs noirs, une déferlante de messages anti-Trump et un gros cafouillage.

Ce devait être l’année de la mise au pilori du président des Etats-Unis par Hollywood, l’année du triomphe d’une comédie musicale qui mettait en scène ce même Hollywood, et – pour les Français – l’année du sacre d’Isabelle Huppert. Finalement, la 89e cérémonie des Academy Awards, organisée le 26 février au Dolby Theatre de Los Angeles, restera comme celle où La La Land fut par erreur proclamé Oscar du meilleur film par Faye Dunaway et Warren Beatty, avant que le producteur de la comédie musicale de Damien Chazelle n’annonce que c’était en fait Moonlight, de Barry Jenkins, qui l’avait emporté.
Le duo de Bonnie and Clyde (une autre histoire qui se termine dans le chaos) s’était vu remettre une mauvaise enveloppe, celle qui annonçait l’Oscar de la meilleure actrice à Emma Stone dans La La Land. Avant que les organisateurs n’opèrent la nécessaire rectification, les producteurs du film de Damien Chazelle avaient eu le temps de remercier la terre entière, ce qui rendit quelque peu inaudibles les propos du vrai gagnant, Barry Jenkins, qui a en partie autoproduit Moonlight.
Cette erreur, la plus colossale que l’on puisse imaginer dans les limites d’une cérémonie de remise de trophées, a réuni sur la scène des Oscars les équipes de deux films qui avaient été définis, dans les derniers jours de la campagne, comme les deux réponses possibles à la situation politique aux Etats-Unis : d’un côté, l’évasion un peu narcissique (le film est situé à Hollywood) de La La Land ; de l’autre, l’évocation poétique mais rigoureuse de la vie dans un ghetto de Miami de Moonlight.

Pronostics déjoués

Finalement, la comédie musicale a remporté six trophées, dont ceux de meilleure actrice (à Emma Stone) et de meilleur réalisateur (à Damien Chazelle) laissant échapper celui du meilleur film, qui est donc allé à Moonlight, film par ailleurs couronné dans les catégories scénario adapté (au réalisateur Barry Jenkins et à son coscénariste Tarell Alvin McCraney) et second rôle masculin (à Mahershala Ali). Le troisième poids lourd de cette édition, Manchester by the Sea, a remporté les Oscars du scénario original (dû au réalisateur du film, Kenneth Lonergan) et du meilleur acteur (Casey Affleck).

Le palmarès des 89e Oscars a ainsi déjoué une bonne partie des pronostics. Avec 14 nominations (un record partagé avec Eve, de Joseph Mankiewicz, et Titanic, de James Cameron), La La Land semblait en mesure de limiter l’effort de diversité dont témoignaient les nominations. Celui-ci a porté ses fruits : outre Mahershala Ali (qui devient ainsi le premier acteur musulman à remporter une Oscar), Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney (qui ont tous les deux grandi dans le ghetto de Liberty City à Miami, où ils ont situé Moonlight), Viola Davis a remporté l’Oscar du second rôle féminin pour Fences, réalisé par Denzel Washington, et le réalisateur Ezra Edelman s’est vu remettre l’Oscar du long-métrage documentaire pour O.J : Made In America, un très long film (sept heures), réalisé pour la télévision, qui chronique l’affaire O.J. Simpson.

Ces votes, qui ont récompensé, dans le cas de Moonlight, un film qui n’a pour l’instant été vu que par un petit (pour les Etats-Unis) nombre de spectateurs, reflètent l’état d’esprit des professionnels du cinéma, deux mois après l’élection de Donald Trump.

Tweet impertinents

L’ombre portée par le président, qui avait publiquement professé son peu d’intérêt pour la cérémonie, s’est étendue pendant toute la soirée, jusque sur le tapis rouge où plusieurs invités (Lin Manuel Miranda, l’auteur de la comédie musicale Hamilton, l’actrice Ruth Negga, nommée pour son rôle dans Loving) arboraient le ruban bleu de l’American Civil Liberties Union (ACLU, organisation de défense des libertés). Le présentateur Jimmy Kimmel a multiplié les plaisanteries à son encontre, lui décochant quelques Tweet impertinents, dans l’espoir, sans doute, de provoquer une réponse. Plusieurs artistes invités à remettre les trophées se sont aventurés sur le terrain politique, à l’image de l’acteur Gael Garcia Bernal, qui s’est défini comme « un travailleur migrant, un Mexicain qui est contre les murs qui séparent les gens », ou de son collègue britannique Mark Rylance, qui a vanté les vertus de « l’opposition sans haine ».

Le pied de nez le plus évident à Donald Trump fut la remise de l’Oscar du film en langue étrangère à Asghar Farhadi, pour « Le Client »

Le pied de nez le plus évident à Donald Trump fut la remise de l’Oscar du film en langue étrangère à Asghar Farhadi, pour Le Client. Le cinéaste iranien, qui avait déjà remporté ce prix en 2012 pour Une séparation, n’avait cette fois pas fait le voyage de Hollywood. Plutôt que de s’aventurer dans le marécage juridique créé par le décret présidentiel interdisant le territoire américain à ses compatriotes et aux ressortissants de six autres pays à majorité musulmane, il a préféré faire lire un texte. « Mon absence procède du respect pour mes compatriotes et pour les citoyens des six nations auxquels on a manqué de respect en promulguant cette loi inhumaine qui empêche les immigrants d’entrer aux Etats-Unis », écrit le cinéaste.

Espoirs français déçus

Mais tous les votes des membres de l’Academy of Motion Pictures Arts and Sciences ne se sont pas portés vers les causes libérales. Les deux Oscars (montage image et montage son) recueillis par Tu ne tueras point, le très sanglant film pacifiste de Mel Gibson, ont valeur d’absolution pour l’acteur-réalisateur australien, mis un temps au ban de Hollywood après ses tirades antisémites et sexistes. De même, Casey Affleck a remporté l’Oscar du meilleur acteur en dépit de l’affaire de harcèlement sexuel qu’il avait réglée à l’amiable après le tournage de son faux documentaire I’m Still There. Sa victoire a d’ailleurs déclenché une vague de protestations sur les réseaux sociaux.

salle-oscars

Enfin, les espoirs français ont été complètement déçus. Aucun nommé français (outre Isabelle Huppert, la costumière Madeline Fontaine, le réalisateur de court-métrage Sélim Azzazi) ni aucune des coproductions françaises (le documentaire I Am Not Your Negro, du cinéaste haïtien Raoul Peck, produit par Arte ; le film d’animation Ma vie de courgette, du Suisse Claude Barras ; Jackie, du Chilien Pablo Larrain) n’ont été distingués.

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