Alain Juppé pourrait devenir le candidat de la droite et du centre

Arrivé en deuxième position de la primaire de la droite et du centre, le maire de Bordeaux est désormais présenté comme l’alternative possible en cas de renoncement de François Fillon.

François Fillon ira-t-il au bout? Les jours passent et la candidature du candidat de la droite et du centre semble de plus en plus fragilisée par les révélations du Canard Enchaîné, sa probable mise en examen ces prochains jours, ses anciens propos sur l’exemplarité qui reviennent comme un boomerang, et les appels de nombre d’élus de son propre camp à renoncer.

Mais dans les textes, rien n’était prévu en cas de renoncement du candidat désigné par la primaire. BFM explique donc que la droite se retrouve face à plusieurs choix possibles. Le premier qui semblerait le plus logique est une nouvelle primaire. Mais d’un point de vue logistique, cela devient impossible, les délais étant beaucoup trop courts, un peu plus d’un mois et demi avant l’élection.

«Le bureau politique du parti pourrait alors lui-même désigner son candidat. Autre alternative: le choix d’Alain Juppé, arrivé second à la primaire».

Adieu Fillon, bonjour Juppé?

C’est visiblement vers ce troisième choix que nombre d’élus et de figures du parti sont en train de se tourner. Ils sont déjà 107 à avoir quitté la campagne de François Fillon ces derniers jours, et nombre d’entre eux appellent à une candidature du maire de Bordeaux.

Celui-ci ne serait visiblement pas contre, puisque selon Le Parisien, il a indiqué «à ses soutiens être prêt si François Fillon devait renoncer».

«Mercredi, il a eu un “haut-le-cœur”, selon un proche, en entendant François Fillon mettre en cause l’institution judiciaire et annoncer qu’il se maintiendrait même mis en examen. Juppé l’a donc assuré à une poignée de fidèles: il est “prêt” à être le recours. Il leur a donné son feu vert pour lancer les hostilités.»

La quête des 500 parrainages en deux semaines

Parmi ces hostilités, il faut s’attaquer à la candidature Fillon, démoraliser les fillonistes, et créer un élan autour de sa candidature, en allant au-delà de sa propre base. Un sondage donnant Juppé en tête des intentions de vote au premier tour s’il se présentait –pour rappel, il était systématiquement donné devant Fillon lors de la primaire pour finir finalement loin derrière lors du scrutin et l’élection est encore loin– sème un peu plus le trouble chez Les Républicains. Car le principal obstacle aujourd’hui reste le maintien de Fillon qui, lui seul, peut décider de renoncer. À moins de proposer deux candidats du même parti, ce qui signifierait, outre le ridicule de la situation, un échec quasi assuré.

En attendant que l’étau se resserre autour de Fillon, Alain Juppé a déjà contacté Jean-François Copé, qui «s’active en secret pour aider Juppé à trouver les 500 parrainages qu’il faut déposer au plus tard le 17 mars». C’est le lendemain, le 18 mars, soit dans tout juste deux semaines, que la liste officielle des candidats est annoncée par le Conseil constitutionnel. Le député Georges Fenech, à la tête de la fronde anti-Fillon, a également lancé un appel aux élus pour qu’ils adressent leurs parrainages à Alain Juppé.

Car impossible de se présenter à la présidence de la République sans avoir recueilli ces signatures, impossible également de les transférer d’un candidat à un autre, et seul le premier parrainage compte. Selon le dernier décompte, François Fillon est le seul à avoir dépassé le seuil (il en a déjà déposé 1 155), mais le Conseil constitutionnel, qui effectue un point sur les parrainages deux fois par semaine, en a déjà validé un au nom de Juppé, signé de la maire LR de Montceau-les-Mines Marie-Claude Jarrot. Selon Le Parisien, des parrainages au nom du maire de Bordeaux commencent à arriver rue de Montpensier. «Si nous dépassons le fameux seuil de 500, nous lui demanderons s’il souhaite se présenter», a expliqué le Conseil au quotidien.

Comme l’explique Le Monde, s’il veut être candidat, Alain Juppé devra aussi y mettre du sien:

«Il lui faut adresser au Conseil constitutionnel une lettre de consentement à être candidat et une déclaration de patrimoine, avant la date limite de dépôt des parrainages, vendredi 17 mars à 18 heures.»

Quel programme, quels soutiens?

Se pose ensuite le problème de la campagne en tant que telle. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, L’Express souligne que le programme ne devrait pas être un immense problème et que «le maire de Bordeaux pourrait s’appuyer sur un “tronc commun” programmatique, capable de ménager la ligne centre-droit d’Alain Juppé et celle plus radicale de François Fillon».

Pour un juppéiste contacté par le magazine, «les différences sont à la marge, sur l’essentiel ils sont d’accord. […] Nous n’aurons pas la moindre difficulté à nous entendre sur un “tronc commun”». Alain Juppé avait pourtant dénoncé la «brutalité» du programme « ultralibéral » de François Fillon, dans un meeting quelques jours avant le deuxième tour de la primaire.

Sur le terrain, ce serait néanmoins sans doute un poids levé des épaules de nombre de militants, qui racontent depuis des semaines leurs difficultés. Gaël Perdriau, le maire Les Républicains de Saint-Étienne, qui a quitté la campagne de François Fillon après sa conférence de presse mercredi, explique qu’actuellement la situation sur le terrain «est impossible».

«On ne peut plus ni tracter, ni argumenter sur les marchés sans essuyer les quolibets ou même les insultes. Quant au fond, aux propositions, nous sommes devenus inaudibles. Ces dernières semaines, j’ai dû faire annuler deux meetings à Saint-Étienne, l’un avec Eric Woerth, l’autre avec Nathalie Kosciusko-Morizet, parce qu’il était devenu impossible de remplir des salles de 800 personnes. Ou même des arrière-salles de restaurant!»

Le site Lor’actu raconte de son côté que «sur les marchés dominicaux, partout en Lorraine, les militants Les Républicains ne se bousculent pas ces dernières semaines pour faire campagne pour François Fillon». Par ailleurs, des militants viennent également régulièrement perturber les déplacements de l’actuel candidat de la droite et du centre.

Une campagne raccourcie

Quant au financement, Le Figaro raconte que sur les trois sources, François Fillon peut décider d’en bloquer deux: celles provenant de son propre parti Force Républicaine et celle provenant des fonds récoltés par la haute autorité de la primaire de la droite et du centre. Pour la troisième, provenant du parti, François Fillon peut avoir un droit de regard en raison de son statut de président du parti, depuis sa victoire à la primaire, continue le quotidien. Pour autant les membres du parti Les Républicains se veulent rassurants :

«Quel que soit le scénario, y compris dans la situation où le parti devrait improviser au pied levé une “campagne-éclair”, “nous aurions sans trop de problèmes les moyens et le savoir-faire”, affirme un cadre. Auprès du Figaro, un autre élu, juppéiste, confirme: “Quoi qu’il arrive il n’y aura pas de problème d’argent. On peut de toute façon mobiliser le peuple s’il a l’impression de pouvoir être sauvé.”»

Dernier point, la durée de la campagne. Il faut remonter à 1974 pour trouver une campagne plus courte. À l’époque, c’était parce que Georges Pompidou venait de décéder au pouvoir, et l’élection avait été organisée cinq semaines après. François Mitterrand et Valery Giscard d’Estaing avaient alors fait campagne pendant un peu mois d’un mois, lançant tous deux leur campagne le 8 avril, pour un premier tour le 5 mai.

En 1981, Valery Giscard d’Estaing s’était bien déclaré seulement un mois et demi avant le premier tour de l’élection, mais il était le président sortant. Depuis tous les candidats (y compris les présidents sortants) ont fait campagne pendant au moins deux moins avant que les Français ne se rendent aux urnes. Et jamais une campagne n’était allé aussi vite que celle-ci.

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