L’Allemagne et la Turquie s’enfoncent dans une crise diplomatique majeure

La tension est vive entre Berlin et Ankara. Le président turc a qualifié l’annulation de trois meetings en Allemagne de « pratiques nazies » alors qu’Angela Merkel appelle au calme ce lundi.

● Annulation des réunions pro-Erdogan en Allemagne

La crise débuté jeudi dernier, le 2 mars. Sans se concerter, deux municipalités allemandes, Gaggenau et Cologne, ont annulé deux meetings de soutien au président turc, évoquant des problèmes de capacité d’accueil.

Les rassemblements devaient faire la promotion du référendum turc du 16 avril, qui soumettra au vote une réforme constitutionnelle élargissant les pouvoirs du président Erdogan. Les ministres turcs de la Justice et de l’Economie y étaient attendus. L’Allemagne compte la plus grande communauté de la diaspora turque dans le monde, soit trois millions de personnes, parmi lesquels 1,4 million peuvent voter pour des scrutins turcs.

Le lendemain, vendredi 3, Ankara a convoqué l’ambassadeur d’Allemagne et accusé Berlin d’oeuvrer pour le «non» au référendum. Angela Merkel s’en est défendue en rejetant la responsabilité sur les communes: «La situation légale en Allemagne est telle: nous sommes un système fédéral. Les communes ont des compétences, les régions ont des compétences et l’Etat fédéral a des compétences. En ce qui concerne l’organisation d’évènements, les autorisations sont décidées au niveau communal.»

Le même jour, un troisième rassemblement pro-Erdogan est annulé à Frechen, dans l’ouest de l’Allemagne. Selon la police locale, le gérant a été contraint de renoncer au rassemblement car son contrat avec le propriétaire de la salle ne lui permet pas d’organiser des évènements politiques.

À Gaggenau, la mairie a été visée par une menace à la bombe, qui s’est révélée être une fausse alerte.

Ankara et Berlin se sont aussi écharpés sur le cas de Deniz Yücel, correspondant du journal allemand Die Welt. Détenu par la Turquie, le journaliste est accusé de «propagande terroriste», ce qu’Angela Merkel a qualifié «d’aberrant». Depuis la purge qui a suivi le putsch avorté de juillet, les relations germano-turques s’étaient déjà dégradées.

Toujours vendredi, le gouvernement des Pays-Bas a lui aussi rejeté l’organisation d’un meeting pro-référendum sur son territoire. Le premier ministre Mark Rutte l’a qualifié «d’indésirable».

● Le dialogue reprend mais la Turquie persiste

Samedi 4, la chancelière Angela Merkel a tenté de calmer la situation et s’est entretenue avec le premier ministre turc Binali Yildirim. Ce dernier a jugé leur entretien «productif», mais les deux pays ont maintenu leurs positions. Les ministres des affaires étrangères doivent toutefois se rencontrer ce mercredi.

Les autorités turques maintiennent leur campagne pour le «oui» au référendum en Allemagne. Le chef de la diplomatie, Mevlut Cavusoglu, a assuré que d’autres réunions seront organisées d’ici au référendum. Dimanche, le ministre turc de l’Economie, Nihat Zeybekci, s’est finalement rendu à deux rassemblements organisés à Leverkusen et Cologne.

Le même jour, le chancelier autrichien Christian Kern s’est prononcé pour une interdiction des meetings turcs dans toute l’Union européenne. Dans une interview au journal Welt am Sonntag, il s’oppose à la réforme constitutionnelle turque, jugée contraire à l’Etat de droit et aux valeurs de l’UE.

● Erdogan compare le gouvernement allemand aux nazis

Dimanche, le président turc en personne s’en est violemment pris à l’Allemagne. «Vos pratiques ne sont pas différentes de celles des nazis, a déclaré Recep Tayyip Erdogan à Istanbul. Si je le veux, je viendrai en Allemagne, si vous m’arrêtez à la porte et ne me laissez pas parler, je mettrai le monde sens dessus dessous.»

Lundi matin, la chancellerie allemande a qualifié ces propos «d’absolument inacceptables», ajoutant que le gouvernement allait «le faire savoir très clairement». Dans la foulée, Angela Merkel a appelé la Turquie «à garder la tête froide». «A l’adresse de notre partenaire turc, soyons critiques là où c’est nécessaire mais ne perdons pas de vue la signification de notre partenariat, de notre relation étroite» a idéclaré le porte-parole de la chancelière. Turquie et Allemagne coopèrent étroitement en matière de défense, les deux pays étant membres de l’Otan, mais aussi d’immigration.

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