L’hôpital militaire de Kaboul lâchement attaqué

Mercredi, le plus grand hôpital militaire d’Afghanisan a été pris d’assaut par un commando d’assaillants déguisés en médecins. L’État islamique a revendiqué l’attaque, mais l’incertitude demeure sur les commanditaires réels. Nous faisons le point ce lundi.

L’attaque a eu lieu mercredi. L’assaut contre l’hôpital militaire de Kaboul, qui a duré plusieurs heures, a fait une 61 morts et des dizaines de blessés. Plusieurs jours après, l’incertitude autour des auteurs révèle les doutes sur la réelle présence de l’Etat islamique dans la région. Et l’événement rappelle surtout que, désormais, les hôpitaux ne sont plus épargnés lors de conflits.

• Le plus grand hôpital militaire d’Afghanistan attaqué

Un commando d’insurgés islamistes a pris d’assaut le principal hôpital militaire du pays, à Kaboul, mercredi 8 mars. Le bâtiment se trouve à quelques mètres de l’ambassade américaine. Vers 9 heures a retenti la première explosion, déclenchée par un kamikaze à l’entrée arrière de l’établissement, qui a ouvert la voie au commando. Les télévisions ont montré des civils, certains en blouse blanche, réfugiés sur le toit du bâtiment, d’autres cherchant à se mettre à l’abri dans les coursives et sur les rebords extérieurs des fenêtres.

Pour mener leur attaque, les assaillants avaient revêtu une tenue de médecin. «J’étais dans le vestiaire, j’ai vu un homme habillé en médecin qui tirait avec un AK-47 sur les gardes et les patients au troisième étage», a confié à l’AFP un infirmier. «J’étais au troisième étage, des attaquants vêtus de blouses blanches médicales ont réussi à se frayer un chemin depuis l’arrière», a également raconté un des médecins à l’AFP. «Quand les tirs ont commencé, j’ai couru dans les couloirs, c’était la panique parmi le personnel et les visiteurs. J’en ai vu plusieurs tomber. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait».

Pris sous le feu de quatre assaillants, l’hôpital de 400 lits et ses occupants ont vécu une journée de terreur, dans la fureur et le bruit des détonations et tirs d’armes automatiques qui ont laissé des salles de soins dévastées et noyées de sang. Des patients ont également été tués au poignard ou à la baïonette. Ce n’est que six heures après le début de l’assaut, en milieu d’après-midi, que les forces spéciales afghanes, déposées par hélicoptère sur le toit de l’établissement, ont pu mettre fin au cauchemar des soignants et des patients. Les quatre attaquant ont été tués par les forces de l’ordre. La plupart des victimes, dont plusieurs dizaines de blessés, étaient des patients, des médecins et des infirmiers.

• Des complicités internes dans l’hôpital

Dimanche, nous avons appris que les récits des rescapés confirment des complicités dans l’hôpital, malgré son caractère très sécurisé. Le ministère de la Défense a reconnu que l’opération, minutieusement préparée, «avait forcément nécessité des complicités internes».

Cette complicité impliquerait notamment de «deux internes en médecine venus de Jalalabad», l’une des villes les plus troublées du pays, bastion d’insurgés dans l’Est. Ils étaient arrivés il y a quatre mois à l’hôpital, recommandés par la faculté de médecine de Jalalabad. «L’un a déclenché sa charge explosive au deuxième étage, l’autre a été abattu par les forces spéciales», a précisé un responsable de l’hôpital.

• Incertitudes autour de la revendication de l’EI

Après avoir hésité, les talibans ont démenti toute implication, comme ils l’ont fait par le passé quand le nombre de victimes civiles s’avérait très lourd. L’EI a alors revendiqué l’opération sur Telegram, puis dans un compte-rendu détaillé par l’intermédiaire de son organe de propagande Amaq. Mais des sources au sein des services de sécurité ont indiqué à l’AFP être sceptiques, aussi bien sur ce démenti que sur la revendication de l’EI. Selon ces services, des éléments désignent les talibans. L’opération est jugée trop ambitieuse pour un groupe en perte de vitesse, selon les autorités.

«L’EI a revendiqué l’opération peu après que les talibans s’en sont distanciés», a rappelé un analyste pakistanais. «Mais nous avons déjà vu que lors d’attaques en places publiques les talibans s’abstiennent généralement d’endosser la responsabilité. C’est pourtant conforme ici à leur mode opératoire».

Plusieurs témoignages recueillis par l’AFP remettent également en cause la revendication de l’EI. «Les assaillants chantaient «“Allah Akhbar! Vive les talibans», ont rapporté des médecins.

Reste la question de la présence des djihadistes de l’EI dans la région. «La présence de Daech reste une source d’interrogation», admet un analyste sécuritaire à Kaboul. Depuis son apparition en janvier 2015 en Afghanistan, l’EI a surtout été signalé dans l’est du pays, à proximité du Pakistan, même si le groupe a pu perpétrer des attentats anti-chiites au coeur de Kaboul: en juillet 2016 contre une manifestation hazara (plus de 85 morts) et à trois reprises à l’automne contre des mosquées.

• L’attaque d’un hôpital, un mode opératoire violent et symbolique

L’attaque a provoqué une cascade de réactions indignées, Médecins sans Frontières (MSF) estimant que les «hôpitaux doivent être des endroits sûrs où les médecins soignent les blessés et les malades». L’hôpital Sardar Daud Khan et ses 400 lits est considéré comme le «joyau» du système sanitaire afghan et traite aussi bien les soldats qui se battent contre les talibans que les insurgés eux-mêmes.

Le chef de l’exécutif afghan, Abdullah Abdullah, a promis de «ne jamais pardonner à ces criminels». Le Conseil de sécurité de l’ONU a également vivement condamné cet assaut. «Cette attaque lâche reflète un rejet fondamental des principes de base de l’humanité», a déclaré la responsable de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA)

Cet assaut rappelle que l’attaque d’infrastructures médicales est une ligne rouge régulièrement franchie, notamment au Yémen, en Syrie, et en Afghanistan. Théoriquement, les hôpitaux ne peuvent constituer des cibles dans le cas d’un conflit armé, depuis la première convention de Genève, qui date de 1864. «Les ambulances et les hôpitaux militaires seront reconnus neutres, et, comme tels, protégés et respectés par les belligérants, aussi longtemps qu’il s’y trouvera des malades ou des blessés», prévoit le premier article.

Problème: les conflits dits «asymétriques», c’est-à-dire qui n’impliquent pas des pays ou organismes établis, n’observent pas les règles qui encadrent normalement la guerre. Ainsi, en mai 2016, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté pour la première fois, à l’unanimité, une résolution qui réaffirme que les personnels de santé et les installations médicales doivent être protégés lors des conflits, rappelle Le Monde. À cette date, sur trois ans, le Comité international de la Croix-Rouge recensait 2400 attaques contre des infrastructures médicales, des patients et des médecins dans onze pays en conflit. Soit «au moins deux par jour, tous les jours, pendant trois ans».

Enquêter sur ces attaques est par ailleurs difficile. Cela nécessite que les parties engagées dans le conflit donnent leur accord. «Dénoncer publiquement les auteurs du bombardement en espérant que le coup ainsi porté à leur image les incite à changer leurs pratiques reste souvent l’unique recours concret», résumait donc MSF en février. Avec l’objectif de mobiliser l’opinion et la communauté internationale sur cette question.

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