Brexit : Une négociation complexe où Londres n’est pas (nécessairement) en position de force

Les Européens abordent les tractations sur le Brexit avec appréhension. Mais, à Bruxelles, on juge surtout que Londres sous-estime l’ampleur du défi.

A Bruxelles, on attend la notification de l’article 50 avec une forme d’impatience : enfin, les discussions vont pouvoir commencer. Mais c’est surtout l’appréhension qui domine car la tâche s’annonce immense. Deux négociations épineuses vont être abordées rapidement. La première concerne le futur statut des quelque 3 millions d’Européens installés au Royaume-Uni et des Britanniques vivant sur le continent, estimés autour de 2 millions. Londres entend rapidement résoudre ce sujet présenté comme une formalité, mais un diplomate européen prévient qu’il pourrait s’agir, en réalité, d’un « cauchemar ».

Car le scénario de départ – celui consistant à préserver les droits des personnes concernées après le divorce – semble à peu près impossible à concrétiser : sauf à procéder sans le dire à une naturalisation massive, difficile d’envisager de figer définitivement le statut de ces 5 millions d’individus en matière de droits de résider, de travailler, d’étudier, d’accéder aux soins. « A moins d’accepter une mesure dont les répercussions se feront sentir jusqu’à la fin du siècle, il va falloir entrer dans le détail de ce qui est préservé et de ce qui disparaît progressivement », explique ce diplomate.

L’autre sujet, explosif, porte sur le chèque que Londres va devoir payer à ses voisins. Les Vingt-Sept sont unanimes à considérer que le Royaume-Uni ne peut pas quitter le club sans s’acquitter du paiement de tous les projets auxquels il a souscrit en tant que membre. A Bruxelles, on estime que la somme due tourne autour de 60 milliards d’euros. De quoi faire s’étrangler le pouvoir britannique, et sa population avec lui. S’il peut y avoir débat sur le montant, « la méthodologie de calcul ne fait l’objet d’aucune opposition parmi les Vingt-Sept », affirme aux « Echos » l’un des meilleurs connaisseurs de ce sujet.

De son côté, Londres entend aussi récupérer de l’argent, en particulier via deux sources : les 12 % à 13 % de la valeur des bâtiments de l’Union européenne qui lui reviennent, et la revente de ses parts du capital de la Banque européenne d’investissement. Mais « ce sont des petits montants, qui ne sauveront pas le système de santé britannique », plaisante le même spécialiste, qui s’alarme de la déconnexion entre la classe politique et les fonctionnaires, outre-Manche. Si la première semble dans le déni, les seconds ont mesuré l’importance de l’enjeu et le fait que « 60 milliards d’euros ne représentent pas grand-chose par rapport à tout ce que le Royaume-Uni perdrait s’il quittait l’Union européenne sans aucun accord ». Ils savent aussi que les Vingt-Sept ont des raisons objectives d’être unis dans la fermeté sur ce sujet : tout cadeau accordé à Londres se traduira, in fine, par une charge financière à répartir dans l’Union.

Gestion médiatique

Dans ce contexte, la bataille va d’abord porter sur le timing des discussions. Londres ne veut pas presser les choses, tandis qu’à Bruxelles on juge essentiel de résoudre le différend financier avant de trancher les autres sujets. Pour le Royaume-Uni, l’idée est plutôt d’entrer, au plus vite, dans des discussions séparées, secteur par secteur – ce que les négociateurs bruxellois redoutent, car cette méthode risquerait de semer la division parmi les Vingt-Sept, focalisés sur des enjeux divers (pêche, commerce, statut des ressortissants…).

L’autre inquiétude, à Bruxelles, concerne la gestion médiatique du dossier. Les pratiques d’une certaine presse britannique sont redoutées : « Un article assassin sur la méchante Europe, fondé sur une fuite bien orchestrée, peut tuer une proposition de compromis », résume une source, qui ne cache pas que « beaucoup d’énergie est consacrée à trouver la méthodologie permettant d’éviter ce risque ». Mais sans trop y croire…

(avec agences à Bruxelles)

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