Escalade diplomatique inédite entre Ankara et La Haye

Erdogan menace de rétorsion les Pays-Bas qui ont refusé d’accueillir des ministres turcs, dont celui des Affaires étrangères venu pour un meeting de soutien au président turc.

Le torchon brûle entre Ankara et La Haye. Après le refus des Pays-Bas d’accueillir deux ministres turcs, la Turquie hausse le ton en promettant des mesures de rétorsion «de la manière la plus sévère». Dénonçant ce dimanche un comportement rappelant «le nazisme et le fascisme», Recep Tayyip Erdogan s’est lancé dans une guerre des mots particulièrement acerbe contre les Pays-Bas. «Ils auront naturellement à en payer le prix et aussi à apprendre ce qu’est la diplomatie», a asséné le président turc, lors d’un discours à Istanbul.

La crise qui oppose ces dernières semaines Ankara et plusieurs capitales européennes est montée d’un cran ce week-end après que la police néerlandaise a escorté dimanche matin la ministre turque de la Famille jusqu’à la frontière allemande. Fatma Betül Kaya était arrivée en voiture samedi soir à Rotterdam, quelques heures après la décision des autorités néerlandaises de refuser au ministre turc des Affaires étrangères d’atterrir dans l’aéroport de la ville.

Cette escalade sans précédent s’inscrit dans un double contexte électoral. À l’approche d’un référendum controversé sur l’augmentation des pouvoirs du président, prévu le 16 avril, le gouvernement turc s’est lancé dans une campagne pro-Erdogan dans différents pays d’Europe. Objectif : encourager les quelque 4,5 millions de membres de la diaspora turque en Europe à voter oui pour un système présidentiel qui permettrait à Erdogan – que ses détracteurs accusent de dérive autocratique – de diriger le pays jusqu’à au moins 2029.

La carte du complot étranger

Les Pays-Bas, pour leur part, se trouvent à trois jours d’un scrutin législatif sur fond de montée de l’extrême droite. Les autorités invoquent un risque de trouble à l’ordre public, tandis que les voix ultraconservatrices récupèrent à leur compte la crise turque pour justifier leur politique protectionniste. «Des décennies de frontières ouvertes, une immigration de masse, pas d’intégration et la double nationalité, et voilà le résultat», tweetait samedi le député d’extrême droite Geert Wilders, en guise de légende à la photo d’une femme voilée prenant un selfie au milieu d’une enfilade de drapeaux turcs devant le consulat à Amsterdam.

Ces derniers jours, plusieurs meetings turcs, notamment en Allemagne, avaient été annulés. Mais avant les Pays-Bas, aucun pays européen n’avait pris la décision d’interdire la venue de ministres turcs. La crise de ce week-end a ainsi poussé le premier ministre danois à «proposer» à son homologue turc, Binali Yildirim, de reporter une visite prévue fin mars. De son côté, le propriétaire d’une salle de réunion de Stockholm, en Suède, dans laquelle devait se tenir un rassemblement en faveur du référendum constitutionnel turc, a annulé le contrat de location des lieux.

Cherchant à calmer les esprits, le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a déclaré, ce dimanche, vouloir faire tout ce qui était possible pour apaiser les tensions diplomatiques entre son pays et la Turquie. «Je n’ai jamais vécu cela auparavant mais nous voulons observer une attitude prudente, a-t-il expliqué. S’ils (les Turcs) se lancent dans l’escalade, nous devrons répliquer, mais nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour désamorcer» la crise. Cependant, il a ajouté qu’il était «hors de question que des excuses soient faites» à Ankara.

Fermeture de l’ambassade à Ankara

Mais les autorités turques restent sur la défensive. En guise de protestation, elles ont fait fermer l’ambassade des Pays-Bas à Ankara et le consulat d’Istanbul. Dimanche matin, des manifestants turcs y ont brièvement remplacé le drapeau néerlandais par un drapeau turc. Les résidences de l’ambassadeur néerlandais, absent de Turquie en ce moment, du chargé d’affaires et du consul général ont également été bouclées. Le ministère turc des Affaires étrangères a dit souhaiter que l’ambassadeur néerlandais ne revienne pas avant «un certain temps».

Pendant ce temps, les réactions politiques continuent à s’enchaîner. «Honte au gouvernement néerlandais qui succombe aux racistes anti-islam et aux fascistes», s’est emporté Ibrahim Kalin, le porte-parole de la présidence turque, sur son compte Twitter. À peine arrivée à l’aéroport Atatürk d’Istanbul, la ministre turque de la Famille a aussitôt dénoncé les atteintes aux «libertés d’expression» dont elle dit avoir fait l’objet aux Pays-Bas. Des déclarations à usage essentiellement interne dans un contexte préélectoral où les partisans d’Erdogan jouent habilement la carte du complot étranger. «L’Europe a peur du 16 avril. Ils savent que le “oui” va l’emporter. Du coup, ils tentent de bloquer la marche vers un système présidentiel», peut-on lire dans les colonnes du journal progouvernemental Yeni Safak.

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