L’ex-député russe Voronenkov assassiné à Kiev

Jeudi 23 mars, l’ex-député russe Denis Voronenkov a été abattu en pleine rue dans le centre de Kiev. Il avait fui la Russie, où il est accusé d’escroquerie par la justice, pour l’Ukraine avec sa femme et son enfant fin 2016. Retour sur les faits.

Par Stanislas Racine | Publié le 23/03/2017 à 18h07

Denis Voronenkov sortait de son hôtel, le prestigieux Premier Palace, situé en plein cœur de la capitale ukrainienne, lorsqu’un homme a ouvert le feu sur lui, à bout portant, le tuant sur le coup. L’assaillant, dont l’identité n’a pas été dévoilée, a lui été blessé par le garde du corps de l’ancien député, avant d’être amené à l’hôpital, où il est décédé en milieu d’après-midi, a indiqué la police de Kiev. L’agent de sécurité a lui aussi été blessé dans l’échange de tirs.

Il était aux alentours de 11h25. Denis Voronenkov se rendait à une rencontre avec Ilia Ponomarev, ancien député russe de l’opposition ayant émigré en Ukraine en 2014, a assuré ce dernier sur son compte Facebook.

Le président ukrainien Petro Porochenko a immédiatement réuni une réunion d’urgence avec la Sécurité ukrainienne, au cours de laquelle il a accusé Moscou d’être derrière le meurtre.

« C’est un acte de terrorisme gouvernemental organisé par la Russie, qu’il [Voronenkov] a été obligé de quitter pour des motifs politiques. On y reconnaît clairement la plume des services spéciaux russes », a rapporté Sviatoslav Tsegolko, le porte-parole du président ukrainien, sur Facebook, principal canal de communication gouvernemental en Ukraine.

« Voronenkov était l’un des principaux témoins de l’agression russe contre l’Ukraine et plus particulièrement du rôle de Ianoukovitch [ex-président ukrainien] dans l’introduction de troupes russes en Ukraine », a ajouté Petro Porochenko.

A Moscou, ces accusations ont été rapidement balayées par le Kremlin, qui renvoie la faute à Kiev, « incapable d’assurer la sécurité sur son territoire ». « Toutes ces inventions concernant une trace russe sont absurdes. Nous espérons que les commanditaires seront identifiés », a déclaré devant les journalistes Dmitri Peskov, le porte-parole du président russe.

Le ministère des affaires étrangères de Russie a pour sa part réagi avec moins de considération aux déclarations de la partie ukrainienne. « Les données actuelles laissent à penser qu’il s’agit d’un meurtre commandité, à caractère illustratif.(…) Toutefois, suite aux mots de Petro Porochenko, la Russie doute que Kiev puisse mener cette enquête d’une manière objective », a lancé la porte-parole, Maria Zakharova, lors d’une conférence de presse.

L’affaire Ianoukovitch

Denis Voronenkov Kiev

La police de Kiev a de son côté indiqué travailler sur la piste de l’assassinat avec la plus grande attention au vu de la sensibilité de l’affaire.

Selon des sources proches des forces de sécurité ukrainienne du quotidien russe Kommersant, le meurtre pourrait avait été commandité par des proches de l’ancien président ukrainien Victor Ianoukovitch, qui a fui l’Ukraine pour la Russie au moment de la révolution de Maïdan en 2014. L’ex-chef d’État est pointé du doigt dans un procès ouvert en avril 2015 contre des agents des forces d’intervention ukrainiennes (Berkut) qui auraient ouvert le feu sur des manifestants. La justice ukrainienne accuse Victor Ianoukovitch d’avoir donné l’ordre de tirer.

Jeudi 23 mars, Denis Voronenkov devait justement comparaître lors d’une séance du procès en qualité de témoin contre l’ancien président, tout comme Ilia Ponomarev, qui était par ailleurs le seul député russe à ne pas avoir voté pour le rattachement de Crimée à la Russie en 2014.

Une autre version, avancée par le virulent député ukrainien Anton Gerashchenko, accuse Moscou de vouloir faire peur à ses exilés. « Ce meurtre politique commandité a pour but d’effrayer les députés et hauts fonctionnaires russes qui penseraient à quitter la Russie pour l’Occident, ou l’Ukraine, afin d’y raconter la vérité sur le fonctionnement de l’appareil répressif russe », a-t-il lancé, comparant ce meurtre à ceux de l’ex-agent du FSB Alexandre Litvinenko et de l’opposant russe Boris Nemtsov.

Contre mais pour la Crimée

Denis Voronenkov

Né en 1971 dans une famille de militaires à Nijni Novgorod, Denis Voronenkov a été diplômé en 1995 de l’Université militaire auprès du ministère de la défense. Il a aussi travaillé comme juge d’instruction au parquet militaire, a occupé des postes au sein de la Cour suprême et de la mairie de la ville de Narian-Mar. Il s’est fait élire député du Parti communiste de Russie à la Douma, en 2011.

Voronenkov était un représentant très discret. Au cours des cinq années de son mandat, le parlement n’a soutenu qu’un seul de ses projets de loi, celui diminuant la participation étrangère dans les médias en Russie. Il n’était également présent que dans un seul comité parlementaire : celui de lutte contre la corruption.

Parlant de corruption, la carrière de Voronenkov a été éclaboussée par plusieurs affaires. En 2014, le Comité d’enquête l’a soupçonné de prise de contrôle illégale d’un bâtiment à Moscou mais, ne parvenant pas à faire sauter son immunité parlementaire, a dû geler l’affaire. Puis en 2015, le Fonds anti-corruption de l’opposant Alexeï Navalny l’a accusé de vivre un train de vie un peu trop luxueux pour un simple député du Parti communiste, en trouvant dans son patrimoine cinq appartements de haut standing, cinq voitures haut de gamme et une grande maison de campagne. L’année suivante, la déclaration d’impôt du député ne comprenait plus qu’une voiture, souligne le Fonds de Navalny.

Mais, surtout, Denis Voronenkov est célèbre pour son mariage en 2015 avec la chanteuse d’opéra Maria Maksakova, également députée à la Douma, mais du parti au pouvoir Russie Unie, depuis 2011.

Maskakolva et Denis Voronenkov

Fin 2016, Denis Voronenkov, après n’être parvenu à être réélu, quitte la Russie pour l’Ukraine avec sa femme et leur enfant, âgé de moins d’un an. En janvier, la presse ukrainienne indique que l’ex-député a donné sa première déposition contre Victor Ianoukovitch. Dans un entretien à Meduza, publié mi-février, Maria Maksakova laisse entendre que cette « fuite » soudaine est liée à l’affaire de prise de contrôle illégale d’un bâtiment à Moscou, ouverte en 2014, dans laquelle « les autorités russes essaient de faire porter le chapeau à tort » à son mari.

En février 2017, Voronenkov s’exprime pour la première fois sur son départ de Russie dans une interview avec le portail d’information Tsenzor.net, interdit sur le territoire russe. Il y indique notamment avoir obtenu la nationalité ukrainienne en décembre 2016, ne pas avoir voté pour le rattachement « incorrect » de la Crimée à la Russie (sa carte de vote aurait été utilisée sans son consentement) et y compare la Fédération russe à l’Allemagne nazie.

Suite à cet entretien, Denis Voronenkov et Maria Maksakova sont exclus de leurs partis respectifs.

Début mars, la Russie lance un mandat d’arrêt international contre Voronenkov, l’accusant d’« organisation d’escroquerie à grande échelle » et de « falsification du registre gouvernemental des personnes morales » dans le cadre de l’enquête de prise de contrôle illégale d’un bâtiment à Moscou.

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