Dammartin-en-Goële : un projet de mosquée divise les habitants

Une réunion d’information avait lieu ce dimanche dans cette commune passée à la postérité il y a deux ans après l’assaut du GIGN contre les frères Kouachi.

Le maire lui même ne s’y est pas rendu. À la réunion d’information qui se tenait ce dimanche dans l’un des gymnases de la commune de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, fidèles musulmans et opposants au projet de mosquée étaient réunis. L’association ACCDG (Association culturelle et cultuelle de Dammartin) qui, dans un premier temps, avait prévu une réunion destinée uniquement à ses adhérents, a finalement appelé l’ensemble des Dammartinois à découvrir ce projet dans un souci de «transparence». Aujourd’hui, les fidèles musulmans qui souhaitent se rendre dans une mosquée doivent parcourir au moins 15 kilomètres pour rejoindre celle de Mitry-Mory.

Sur l’estrade, face à environ 200 personnes, le président de l’association, Saidou Diallo, en détaille l’esprit. «L’institut que nous souhaitons construire est un lieu de respect, de liberté, d’égalité et de fraternité. Ce n’est pas un édifice pour une seule partie de la population mais pour tous. Ce projet est avant tout culturel, le cultuel vient en second». Et les membres de l’association ont vu les choses en grand: un bâtiment de 900 m² avec notamment deux salles de prière, un centre culturel pour des conférences et expositions, un jardin, une salle informatique, des salles de cours pour y apprendre l’anglais, l’espagnol, l’arabe et le mandarin, et même un salon de thé. À cela s’ajoutent d’autres pièces dont une de 130m² à disposition d’associations: «Nous prêterons gratuitement ce local à l’EFS (l’Établissement français du sang, NDLR) ou encore au Secours catholique s’ils en manifestent le besoin. Ce lieu est ouvert à tous, ajoute Brahim Elabdi, porte parole de l’association. Nous voulons que cet endroit ne soit pas réservé qu’aux musulmans. On veut de la mixité religieuse et culturelle.»

Une population divisée et un maire aux abonnés absents

Si les responsables du projet souhaitent être le plus transparent possible, une partie de la population refuse catégoriquement d’imaginer l’édifice. Les jours précédents, des tracts étaient distribués dans les boîtes aux lettres de la ville pour dire «non» au projet. «On a toujours vécu paisiblement, on est chrétiens, on ne veut pas d’une mosquée ici», annonce Alain, 46 ans, commercial en fruits et légumes, qui prévoit déjà de rassembler des opposants pour une manifestation «d’ici la semaine prochaine». Mylène, 45 ans, n’est ni pour ni contre le projet mais déplore que l’on souhaite dépenser de l’argent pour un édifice qui «n’est pas une priorité». Cette native de la commune ajoute qu’ouvrir «les portes d’une mosquée au grand public est aussi inutile qu’ouvrir celles d’une église.»

Et quand les antagonistes apprennent de surcroît que les flyers de l’association sont imprimés par l’entreprise de Michel Catalano, l’ex-otage des frères Kouachi en janvier 2015, située sur le territoire de la commune, certains sont surpris et qualifient la commande de «comble». Parmi les opposants, certains entendent le besoin d’ouvrir une mosquée mais redoutent le fanatisme religieux et l’insécurité. Brahim Elabdi rétorque immédiatement: «Je comprends l’inquiétude mais je vous demande sincèrement, avant toute chose et à tous, de vous renseigner sur l’islam. Et non pas sur l’islam de BFMTV. À notre niveau, nous veillerons à connaître les fidèles qui viendront ici. L’imam de la partie religieuse sera issu d’une promotion française. Et, enfin, nous installerons des caméras à reconnaissance faciale.» Outre la radicalisation, des habitants pointent du doigt le financement car le statut d’association culturelle pourrait en effet permettre de bénéficier de subventions. «Le projet n’aboutira que grâce aux dons des fidèles et uniquement grâce à des dons français. Nous refusons toute aide de l’étranger, que ce soit du Qatar ou de l’Arabie. Un expert-comptable de la commune sera engagé pour lever toute ambiguïté.»

Si certains détracteurs repartent moins fâchés, reste à convaincre le principal intéressé: Michel Dutruge, le maire de Dammartin, qui n’a pas souhaité assister à la réunion. Dans un communiqué publié le 23 mars, l’élu écrit avoir «appris avec stupeur la présentation d’un projet de lieu de culte» et déplore les «méthodes utilisées (…) à des fins de propagande sans avoir consulté, ni présenté leur projet aux élus locaux». Ce que dément Brahim: «Je ne comprends pas sa réaction, il a bien été prévenu mais il nous ignore. Pourtant, tout a été fait dans la transparence. Nous ne l’avons plus revu depuis le 5 janvier, date à laquelle nous l’avons rencontré pour lui parler du projet.» Stéphane Jabut, ancien maire PS de Dammartin, confirme: «Nous avons tous reçu les mêmes mails d’information. Il faut que le maire assume ses responsabilités et qu’il avoue ne pas avoir envie de leur vendre le terrain.»

Parmi la communauté musulmane de Dammartin et ses environs, le projet est bien accueilli mais «on attend de voir». Kamel, Sonia, Youcef et Hichem saluent «la transparence» de l’association. Quant à Fatoumata, 35 ans, ex-assistante d’éducation dans trois établissements du secteur, elle explique ses craintes: «Moi j’ai peur d’une part de l’extrémisme mais aussi du fait que l’endroit soit si ‘ouvert’. Quand on va dans une mosquée, c’est pour se ressourcer et être apaisé, et je n’ai pas envie d’une polémique chaque semaine parce que des opposants vont demander pourquoi les femmes ne prient pas dans la même salle que les hommes». Tout près d’elle, Françoise, une retraitée de 69 ans, ironise avec un grand sourire: «Vous ne pensiez quand même pas que les habitants allaient dire que c’est génial? Ils étaient déjà contre l’accueil de migrants dans la ville voisine alors ce n’est pas une mosquée, chez eux, où ils vont dire oui! Mais c’est dommage. Personnellement, je ne suis pas musulmane mais je considère que chaque culte a le droit à un édifice.»

Autour d’un buffet et d’un «thé de l’amitié», les responsables de l’association annoncent que la prochaine réunion de travail prendra en compte les interrogations et les craintes évoquées.

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