Glenn Gould, une certaine idée du piano

A l’occasion des 35 ans de sa mort, La Plume Libre revient sur la vie et la carrière du pianiste canadien Glenn Gould qui n’a jamais eu de cesse de fasciner les publics du monde entier

Une carrière hors du commun

Glenn Gould, né en 1932 à Toronto, commence sa carrière avec brio en 1955. En effet, cette année voit l’enregistrement de son premier disque, et pas des moindres, sa première version des variations Goldberg de Bach. On y entend une vélocité, une articulation, une clarté des voix et un style hors des normes de l’époque. Pourtant, le succes est au rendez vous; tant au niveau du public qui se rue sur un album qui fait aujourd’hui encore parti des meilleurs vente du catalogue sony/cbs; mais aussi au niveau de la critique qui l’acclame jusque à Berlin où le legendaire Herbert von Karajan demande à collaborer avec lui (de ces rencontres résultera entre autres un enregistrement du troisième concerto de Beethoven) et Nikita Khrouchtchev veut le faire venir en URSS et le faire jouer à Moscou. Glenn Gould deviendra le premier musicien nord-américain à se produire en union soviétique depuis le déclenchement de la guerre froide, avec deux tournées (en 1957 et 1959) où il se produira en concert dans les plus grandes capitales du bloc de l’est : actuelle Russie, Israel mais aussi en Europe de l’ouest pour point de chute de ses tournées.

d00dc4ef26aa97395cd40620837efc16 pochette des « variations Goldberg » de 1955

Toutefois, cette renommée scénique ne comble pas Gould, et en 1964 il met définitivement un terme à sa carrière de concertiste à la suite d’un concert à Chicago : il ne remontera plus jamais sur scène pour se consacrer uniquement aux enregistrements (au piano, à l’orgue ou au clavecin) et à la réalisation d’émissions radios. Gould sera également transcripteur et compositeur et entama une carrière de chef d’orchestre, interrompu quelques mois après ses débuts par sa mort suite à un AVC, en 1982.

Vous avez dit excentrique ?

S’il est un pianiste remarqué et remarquable, le canadien est aussi réputé pour sa personnalité étrange et ses fantaisies. Certains le disent névrose, d’autre le pensent atteint du syndrome d’Asperger, théorie appuyée par certains éléments troublants chez le pianiste : Une hypersensibilité de l’ouïe, de la vue et du toucher doublée d’une insensibilité du goût et de l’odorat, une tendance obstinée à la routine alimentaire, vestimentaire et aux rituels : il pouvait regarder 40 fois le même film, écouter sans cesse la même musique, mangeait toujours le même repas (œuf brouillé, pain grillé, salade et biscuit), s’habillait toujours très chaudement et de plusieurs couches même en été, se trempait les bras dans l’eau quasi brulante avant chaque concert, et avait des rituels pour sa pratique de l’instrument. Ainsi, Gould n’apprécia vraiment que deux pianos que pourtant bien des pianistes ne supporteraient pas et jouait toujours assit sur une chaise en bois assez inconfortable dont les pieds étaient sciés, ce qui me maintenait très bas par rapport au clavier.On notera également qu’il chantonnait lorsque qu’il jouait, même en enregistrement ce qui donnait du fil à retordre aux ingénieurs du son qui ne parvinrent pas tout le temps à gommer ce chant; on peut ainsi entendre sur plusieurs disques le chantonnement de Glenn Gould

glenn-gould-02sur cette image d’un enregistrement, on voit Gould probablement pieds nus, assis sur sa chaise et jouant sur un de ses deux pianos favoris.

Un dernier aspect de la vie de Gould est son coté profondément asocial qui le poussait à préférer la compagnie des animaux.

Son héritage

Ayant consacré sa vie à l’enregistrement (décision incomprise de beaucoup de ses contemporains), Gould a laissé un grand nombre de disques. Son répertoire est à l’image de sa personnalité, fantasque mais très riche. Ainsi, Gould reste connu pour ses interprétations de Bach qui restent des références absolues aujourd’hui encore mais il enregistra également Beethoven, Haydn, Berg, Gibbons, Brahms et beaucoup d’autres compositeurs. Gould déclara un jour ne pas aimer Chopin et que Mozart est « mort trop tard ».

Il laissa également de nombreux documentaires radios allant de la musique de Bach à celle de la chanteuse de variété Petula Clark pour qui il avouera avoir une certaine admiration et dont certains sont encore disponibles sur le site de la CBC.

Le Glenn Gould compositeur n’est pas resté en retrait puisqu’il fut en plus du compositeur de musiques originales encore parfois jouées aujourd’hui (par exemple « So you want to write a fugue ? ») ou des musiques de films il transcrivit aussi des symphonies de Beethoven ou de grandes pièces orchestrales de Wagner comme « les maîtres-chanteurs de Nüremberg » ou le fameux « Siegfried Idyll ».

 

Pour toutes ces raisons, Glenn Gould reste un mythe dans l’imaginaire collectif, particulièrement dans son pays, le Canada.  Sa tombe est très visitée, une fondation porte son nom ainsi qu’un prix et le pays conserve précieusement de nombreux documents touchants Gould comme ses bulletins d’école, des bandes son d’essais de piano, les programmes de ses premiers récitals ou encore une photo des clefs d’hôtel qu’il entassait chez lui faute d’avoir pensé à les rendre. Est à mentionner le fabuleux travail de Bruno Monsaigeon pour la postérité de l’excentrique pianiste, qui comporte plusieurs rassemblements de textes réunis dans des livres et une série de films documentaires mais aussi de ses enregistrements studios qui permettent d’approcher un peu mieux un homme dont on a parfois trop de mal à percevoir le génie.

Mais sa renommée dépasse les frontières et s’étend même à l’univers tout entier puisqu’un astéroïde porte son nom et que la sonde Voyager emporta un de ses enregistrements de Bach vers l’espace. Au fond c’est peut être ça, Glenn Gould. Une musique hors du temps, hors des normes et un homme profondément mystérieux.

 

Raphaël Godefroid

 

crédit photo : -Don Hunstein, copyright Sony Music Entertainment

LPL ne détient les droits d’aucunes images.

Publicités

Réagissez

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :