Macron-Le Pen : quelle attitude face à l’Allemagne?

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Sur l’Europe, et plus particulièrement en ce qui concerne le couple franco-allemand, tout oppose les deux candidats.

Une tradition non écrite veut que le président de la République nouvellement élu réserve son premier déplacement à Berlin. La réciproque est vraie pour les nouveaux chanceliers. Après s’être fait la guerre durant des décennies les siècles derniers, la France et l’Allemagne incarnent la paix et la réconciliation, le projet européen. Le «franco-allemand», devenu un genre à part de la politique des deux pays, a institutionnalisé cette proximité et cette réconciliation. Jeudi soir, Emmanuel Macron a confirmé que son «premier contact avec un dirigeant étranger sera avec la chancelière allemande». Mais si Marine Le Pen est élue, elle rompra cette tradition en réservant son premier déplacement aux institutions européennes: «Je me rendrai à Bruxelles pour démarrer immédiatement la négociation permettant de rendre aux Français leur souveraineté», a déclaré la candidate du Front national en janvier dans une interview au Parisien. La rupture symbolique se ferait aussi vis-à-vis de l’Allemagne, désignée adversaire par Marine Le Pen.

Sur l’Europe, et plus particulièrement vis-à-vis de l’Allemagne, tout oppose Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Tandis que la première est ouvertement hostile, le candidat d’En Marche! est un germanophile convaincu. «Pour être populaire en France je pourrais dire: “je vais renverser la table et parler durement aux Allemands”. Mais c’est une impasse», a-t-il lancé en janvier lors d’un discours à l’université Humboldt de Berlin. «Comment pouvons-nous ne pas voir que nos défis à relever sont les mêmes? Que dans un monde globalisé les protections nécessaires ne viendront pas seulement de politiques nationales mais d’une fermeté européenne portée par nos deux pays? Nous avons des intérêts communs», a-t-il insisté.

«On ne fera pas l’Europe contre l’Allemagne»

Deux mois plus tard, le favori de l’élection était de retour dans la capitale, où il a été reçu par Angela Merkel. «Ça n’est en aucun cas un adoubement», avait assuré Emmanuel Macron après son entretien. Mais il s’était félicité de la «volonté d’avancer» de la chancelière, dont il avait loué certains aspects de la politique, notamment en faveur des migrants. La capacité des deux dirigeants à travailler ensemble était évidente. Favorable à plus d’intégration européenne, Emmanuel Macron a notamment cité les questions de défense.

«Une certaine suspicion s’est installée dans le couple franco-allemand», a-t-il déploré en mars dans Libération. «Si on veut redevenir moteur, il faut rétablir la confiance. Pour notre part, nous n’avons pas fait la totalité des réformes nécessaires pour renforcer l’économie française», a-t-il ajouté. À terme, il souhaite un budget de la zone euro, ce que l’Allemagne refuse en l’état. «On ne fera pas l’Europe contre l’Allemagne», a-t-il admis. «On ne va pas obtenir de Berlin de mutualiser les dettes des pays membres alors que c’est nous qui avons l’essentiel des problèmes». Dans une sorte de donnant-donnant, il propose de conduire des réformes structurelles en France en échange d’une politique économique allemande plus favorable aux investissements.

Macron est perçu comme le garant que le tandem continuera d’avancer

Face à cette politique de coopération, Marine Le Pen promet l’exact inverse. En octobre 2015, devant Angela Merkel et François Hollande qui s’exprimaient au Parlement européen, la présidente du FN avait accusé le chef de l’État «de ne pas défendre la souveraineté française» mais «de se soumettre aveuglément à une politique décidée à Berlin, Bruxelles ou Washington». Elle avait dénoncé une «tentative absurde d’une domination allemande de l’Europe»: elle avait promis d’être «l’anti-Merkel».

En Allemagne, où le compromis est roi et l’Europe une valeur cardinale, la perspective de voir Marine Le Pen accéder au pouvoir est imaginée avec inquiétude. En coulisses, on envisage ce scénario comme la pire crise qu’ait connue l’Union, voire sa fin. Jeudi, lors d’un débat au Bundestag où il a été question de la France, Angela Merkel a donc ostensiblement approuvé ceux qui s’engageaient contre le FN. À l’inverse, Emmanuel Macron est perçu comme le garant que le tandem franco-allemand continuera d’avancer. «Il était le seul candidat vraiment européen», a même déclaré dimanche soir son ami, le vice-chancelier SPD Sigmar Gabriel en souhaitant sa victoire. Angela Merkel ne l’a pas dit publiquement, mais elle a souhaité bonne chance pour le second tour à Emmanuel Macron.

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