Le débat de ce soir entre Macron et Le Pen aura-t-il un impact ?

Le débat télévisé de l’entre-deux-tours, à 21 heures sur TF1 et LCI, est un moment fort de la campagne présidentielle. Dans le passé, si ces face-à-face ont donné lieu à des passes d’armes restées célèbres, ils n’ont jamais changé la donne dans les urnes. Celui de ce soir pourrait-il faire exception ?

Depuis 1974, ils font partie du rituel d’une campagne présidentielle. Les électeurs sont friands des débats d’entre-deux-tours, dont certains face-à-face et certaines phrases sont restées célèbres. Du premier débat entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, tout le monde se souvient de la réplique du premier au second : « Vous n’avez pas le monopole du cœur ». Dans Le Pouvoir et la Vie, Valéry Giscard d’Estaing écrit : « Je crois que j’ai été élu président grâce à cette phrase. » Pourtant, les sondages réalisés avant et après les débats montrent que ceux-ci ne seraient pas décisifs.

En effet, après chaque débat, les fluctuations dans les intentions de vote sont minimes. En 1974, Valéry Giscard d’Estaing avait gagné 0,5 point après le débat (de 51 à 51,5 %) ; en 1988, le débat avait fait gagner un point à Jacques Chirac, alors que François Mitterrand le distançait dans les sondages d’avant-débat et qu’il avait semblé sortir gagnant du face-à-face. En 2007, le jour du débat, les sondages donnaient Nicolas Sarkozy en tête avec 53,5 % des intentions de vote ; au lendemain du débat, le candidat UMP avait perdu un demi-point. En 2012, les sondages Ipsos des 27 et 28 avril donnaient François Hollande en tête des intentions de vote avec 53 %. Au lendemain du débat, Ipsos faisait baisser le candidat socialiste à 52,2 %. BVA et Sofres donnaient eux François Hollande confortant son avance avec 53,5 % des intentions de vote.

Des électeurs confortés dans leur choix

« Des six débats qu’il y a eu dans le passé, quand on regarde les enquêtes d’opinion avant et après, on s’aperçoit que ça ne change pas la donne. Et dans les sondages réalisés après les débats, celui qui a le plus convaincu est toujours le favori des sondages », a expliqué à LCI Christian Delporte, historien des médias. Selon lui, ces moments forts politico-médiatiques ne font que conforter les électeurs dans leurs choix. « Ca ne change rien pour des raisons simples : on est au bout de longs mois de campagne, l’électorat est cristallisé. Ceux qui regardent le débat sont plus des convaincus que des indécis. Et on observe que les indécis se répartissent de façon égale entre les deux candidats. »

Déterminant cette année ?

Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste de la communication politique, estime, lui, que le débat de ce soir peut changer les choses. « En général on considère que les débats télévisés n’ont aucun impact sur l’élection, et que lorsque les candidats arrivent sur le plateau, ils savent déjà qui va remporter l’élection. Mais nous sommes en 2017, dans une situation inédite. Le candidat centriste a été élu sans le soutien des grands partis de gouvernement, avec un faible score (24 % contre 28 % pour Hollande en 2012 au premier tour et 31 % pour Sarkozy en 2017). Il aura face à lui une candidate d’extrême-droite. L’écart se resserre, le débat d’entre-deux-tours pourrait bien cette année être déterminant », a-t-il déclaré à LCI.

Le Pen doit rassurer et s’adoucir, Macron doit s’endurcir et gagner en autoritéPhilippe Moreau-Chevrolet, spécialiste de la communication politique

D’après Christian Delporte, afin de ne pas perdre ce débat, les deux candidats devront surtout faire attention à ne pas faire de bourde. Pour Philippe Moreau-Chevrolet, « Emmanuel Macron et Marine Le Pen devraient avoir des stratégies opposées : Le Pen doit rassurer et s’adoucir, Macron doit s’endurcir et gagner en autorité. On a vu dans les débats du premier tour que Marine Le Pen avait adopté une stratégie ‘maternante’ envers Emmanuel Macron. Elle le prend de haut avec le sourire sans le considérer sérieusement. Cette mise à distance pourrait jouer en sa faveur. A contrario, si elle cède à l’agressivité et à l’attaque, elle donne prise à Macron. De son côté, ce dernier doit gagner des galons de défenseur de la démocratie, face au péril Le Pen. On a vu dans les débats du premier tour que son côté ultra-séduisant et consensuel pouvait se retourner contre lui et le rendre inaudible. Il devra montrer les muscles. »

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