Au Venezuela, les fissures du chavisme

L’Assemblée constituante proposée par le président Nicolas Maduro ne fait pas l’unanimité au sein du pouvoir.

Le remplacement des élections par une Assemblée constituante sur mesure ne fait pas l’unanimité parmi les partisans de l’ancien président Hugo Chavez (1999-2013). L’opposition vénézuélienne, mobilisée dans la rue depuis un mois et demi, a dénoncé l’initiative du président Nicolas Maduro comme « une fraude », contraire à la Constitution et au suffrage universel, puisque les membres de cette Assemblée seraient désignés par des corporations ou des unités territoriales contrôlées par le chavisme. Mais la surprise est venue de proches du gouvernement.

La procureure générale de la République, Luisa Ortega, avait été la première à prendre ses distances avec les abus de pouvoir, en avril. Elle n’est plus la seule. Ancienne juge de la Cour suprême, Hildegard Rondon de Sanso qualifie l’Assemblée constituante annoncée par M. Maduro le 1er mai de « grande attaque contre la tranquillité publique », contre « l’ordre juridique en vigueur et la Constitution ». Or, « cette dame était l’avocate du gouvernement Chavez, explique Carlos Romero, politologue de l’Université centrale du Venezuela. Elle est la belle-mère de Rafael Ramirez, ancien ministre et ex-patron de l’entreprise pétrolière d’Etat PDVSA. » Autant dire qu’elle est une figure de la nomenklatura chaviste.

« Sectaire »

« La Constitution de 1999 est l’unique legs de Chavez à avoir été soumis à l’approbation des électeurs », rappelle Orlando Ochoa, professeur à l’Université catholique Andres Bello. « Maintenant, les ennemis de cette Constitution sont justement ceux que Chavez avait chargés de la défendre », déplore le député chaviste Eustoquio Contreras, qui critique la convocation d’une Constituante sans consultation préalable de l’électorat. L’ancien ministre de l’éducation Hector Navarro conteste l’entorse au suffrage universel et qualifie de « sectaire » l’Assemblée proposée par M. Maduro : « Nous commençons à emprunter un chemin très dangereux vers un système qui n’a rien à voir avec le socialisme que nous avons rêvé ni avec l’approche de Hugo Chavez. »

M. Navarro et d’autres dignitaires chavistes ont créé une « Plateforme citoyenne pour la défense de la Constitution ». Gonzalo Gomez, directeur du site Aporrea, le principal forum du chavisme, en fait partie. Un collaborateur régulier d’Aporrea, Reinaldo Quijada, écrit dans « un état d’indignation absolue » : « La seule motivation du président Maduro et d’un petit groupe de dirigeants du PSUV [Parti socialiste unifié du Venezuela, la formation officielle] est de se cramponner au pouvoir. »

Selon M. Quijada, la décision présidentielle, « irresponsable et démagogique », « viole les normes éthiques ». Les accusations de corruption ne sont plus l’apanage des opposants, elles sont partagées par beaucoup de chavistes. Aux anciens soupçons de complicité avec le narcotrafic, venus de Washington, se sont ajoutées, le 11 mai, les révélations du scandale Odebrecht au Brésil : M. Maduro serait impliqué dans le versement de 11 millions de dollars (9,9 millions d’euros) pour la réélection de Chavez en 2012, en échange des marchés obtenus par le géant brésilien du bâtiment et des travaux publics au Venezuela.

Les militaires sont devenus le pilier du pouvoir, grâce à des prébendes, des trafics et des promotions juteuses

Les manifestations d’opposants, en dépit d’une répression qui a fait 43 morts depuis début avril, paralysent le pays, qui tournait déjà au ralenti à cause de la récession, des pénuries et de l’hyperinflation. « Le gouvernement est en train de perdre le contrôle », a assuré le général de réserve Miguel Rodriguez Torres, ancien ministre de l’intérieur de M. Maduro, dans un entretien au Wall Street Journal le 9 mai.

A en croire des dirigeants de l’opposition, le régime serait en phase terminale. Carlos Romero ne partage pas cet avis : « Le gouvernement compte avec le soutien des forces armées et les ressources du pétrole. La dette extérieure continue à être honorée. Si une partie de l’Organisation des Etats américains (OEA) critique Caracas, l’autre partie le soutient. Maduro a des alliés importants, comme Cuba et la Russie. » La Havane prône la résistance, car sa propre survie est en jeu : ébranlée par la réduction des subsides vénézuéliens, l’économie cubaine, en récession, a vu ses prévisions revues à la baisse, fin avril.

Effritement de l’électorat

Des sondages créditent encore le gouvernement de 20 % d’opinions favorables. Cependant, le report sine die des élections de gouverneurs prévues en 2016 montre que le pouvoir est conscient de l’effritement de son électorat. M. Maduro a emporté l’adhésion publique du ministre de la défense, le général Vladimir Padrino Lopez, à sa Constituante. Du coup, Julio Borges, le président du Parlement contrôlé par l’opposition, a demandé la possibilité d’exposer aux gradés ses arguments contre cette initiative.

Les militaires sont devenus le pilier du pouvoir, grâce à des prébendes, des trafics et des promotions juteuses : « Depuis six ans, on dénombre 1 100 promotions aux grades de général et d’amiral », note Rocio San Miguel, spécialiste des questions de défense. Certains misent néanmoins sur l’usure de la gendarmerie, en première ligne de la répression. Ancien patron du renseignement militaire, le général Rodriguez Torres évoque le moral des troupes : « Les soldats souffrent parce qu’ils ne trouvent pas de médicaments et qu’ils n’ont pas assez d’argent pour les aliments. »

L’opposant Henrique Capriles Radonski, ex-candidat présidentiel, est allé plus loin. Le 7 mai, il a déclaré : « Un millier de militaires veulent quitter les forces armées, mécontents ou en désaccord avec le désastre qu’ils subissent. » Opposition et gouvernement sont d’accord sur un point : l’issue de la crise dépend de l’armée.
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