DOSSIER : Législatives : les enjeux

Alors que l’ouragan Macron semble avoir totalement changé la donne de la politique francaise, quels sont vraiment les enjeux des élections législatives dont le premier tour aura lieu ce 11 juin ?

Depuis les élections présidentielles qui ont vu la victoire du mouvement En Marche! (devenu après le second tour « La République En Marche! à l’instar de l’UMP de Nicolas Sarkozy) d’Emmanuel Macron face au FN de Marine Le Pen, le paysage politique français s’est vu totalement changé. Les partis qui d’ordinaire se partageaient le pouvoir à savoir le Parti Socialiste et Les Républicains semblent aujourd’hui sous le feu de divisions violentes, de pertes drastiques de popularité et de difficulté à retrouver leurs lettres d’or. Dans ce contexte, les élections législatives auront bien évidement des enjeux multiples et parfois inédits.

Tout d’abord, le jeune mouvement du non moins jeune président de la République va tenter à tout prix de rafler la majorité absolue à l’Assemblée pour faire passer sereinement les reformes promises par Emmanuel Macron lors de sa campagne. Toutefois ce pari semble difficilement tenable quand bien même les sondages (dont on se méfie fortement à La Plume Libre) annonce un « raz-de-marée La République En Marche! ». En effet, le mouvement a décidé de sélectionner ses candidats pour la moitié dans la société civile ce qui semble leur porter préjudice pour détrôner des députés localement solidement assis dans leur siège à l’Assemblée. Toutefois, la plupart des réformes d’Emmanuel Macron semblent gagner d’avance puisqu’écrites pour une majorité « de la gauche de gouvernement aux gaullistes ». Autre couac dans la campagne législative du mouvement, le choix parfois grand donné aux lecteurs de candidats revendiqués de la majorité présidentielle. En effet, il est monnaie courante que face à un candidat LREM se présentent d’autres candidats auto-proclamée de la majorité Macroniste ce qui affaiblie les chances d’obtenir une majorité du mouvement présidentiel. Par ailleurs, cela donne lieu à des quiproquos comme dans la 18ème circonscription de Paris où le premier Ministre Édouard Philippe a apporté ouvertement son soutien au candidat LR Pierre-Yves Bournazel contre la résolument Macroniste Myriam El Khomri. Les élections, pour finir, sont aussi un enjeu pour les actuels ministres qui perdraient leur place en cas d’échec aux élections législatives.

La droite semble bien mal en point à la veille du scrutin. Menacé d’implosion par des divisions clivantes alimentés par la nomination de l’un des leurs au poste de chef du gouvernement (Édouard Philippe), LR semble avoir bien du mal à trouver sa ligne. Alors que la campagne semblait menée par la frange dure du parti menée par François Fillon. Ils semblaient alors dans une idée d’opposition au nouveau président mais l’abdication de l’ancien candidat à la présidentielle a complétement changé la donne. En effet, maintenant mené par François Baroin, la droite s’est beaucoup adoucie sur son programme et accepte volontiers le concept de « co-existence avec Emmanuel Macron » selon les morts d’Eric Woerth voire même de « co-gouvernance », un dernier point qui semble plus se rapprocher du désir que de la réalité. De manière générale, LR se désolidarise de sa partie dure pour se rapprocher du centre et de la majorité présidentielle. Exit, donc, l’opposition et le Macron bashing, le fameux « Emmanuel Hollande » et place à une évocation d’une coopération voire d’une cohabitation et encore de tout un tas de termes contenant le préfixe « co ». Ainsi, s’éloignant de Fillon, la droite se rapproche de Juppé qui déclare vouloir éviter « des obstructions systématiques ou une opposition frontale ».

De tout les parties politiques dominants, le Parti Socialiste semble être celui qui a le plus souffert de la « Macronmania » et tout semble annoncer que le parti ne se relèvera pas des 6,36% de Benoit Hamon au premier tour. En effet, si son aile droite s’est massivement ruée sur Macron, son aile gauche a aussi fini par déserter pour s’allier à la France Insoumise. Ainsi, l’enjeu pour le PS est clair : survivre péniblement ou se faire balayer, agoniser encore ou mourir sur le coup. On sent bien toutefois que l’agonie a déjà commencé : certains cadors du parti ne se représentent même pas; c’est le cas de pontes du quinquennat Hollande tel que Michel Sapin, Bernard Cazeneuve ou Jean-Marc Ayrault. Et pour ceux qui se lancent dans l’aventure, celle-ci a un goût de défaite.On a tous cette image de Jean-Christophe Cambadelis seul sur une palette dans la rue avec un micro filaire devant une dizaine de passants symbolisant la déchéance de son parti. Ça sent également mauvais pour l’ancien candidat à la présidentielle Benoit Hamon qui n’avait obtenu dans son fief que que 12.8%, bien loin des 21.7% de Jean-Luc Mélenchon ou des 26.6% d’Emmanuel Macron. Quant à Manuel Valls, sa situation frise le comique puisque qu’il compte parmi ses nombreux opposants dans sa circonscription d’Évry l’humoriste Dieudonné contre qui il avait mené une longue campagne ou encore le chanteur Francis Lalanne.

Plus à gauche, le parti de Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise, a un véritable coup à jouer dans cette élection. Si lui semble se rêver « premier force » d’opposition, il est incontestable que son parti a le vent en poupe depuis les présidentielles. Lui même ira d’ailleurs tenter de détrôner le socialiste Patrick Mennucci à Marseille, après sa défaite face à Marine Le Pen dans le Pas-De-Calais en 2012. De manière générale, le parti se régénère non seulement sur le plan du programme et de l’image, très adoucis par rapport au Front de Gauche de 2012 ce qui se traduit par un abandon du partenariat avec le PCF mais aussi sur le plan des candidats, la plus part étant cette année des novices en politique, un choix semblable à celui d’Emmanuel Macron. Les résultats de LFI semblent plus qu’incertains cependant, à l’instar de ceux de son leader qui fluctuent assez fortement à Marseille, et dépendront en partie de ceux du PS et du PCF qui s’est décidé à contrer Mélenchon dans 500 circonscriptions.

Contrairement à ces attentes, le Front National ne part pas à ces élections avec le panache du finaliste des présidentielles. En effet, le mauvais score de Marine Le Pen et sa très piètre prestation lors de la campagne semblent fragiliser un FN qui n’avait pas besoin non plus du départ d’une de ses principales figures, Marion Maréchal-Le Pen, symbole du renouveau de « l’extrême droite dure » et benjamine de la dynastie Le Pen, qui renonce à se représenter à l’Assemblée. Faut-il alors s’étonner que lorsqu’un interroge un porte-parle de la campagne sur le nombre de siège minimum pour considérer l’élection comme une victoire, ce dernier réponde laconiquement et dans un humour qui trahit une forme de résignation « trois », soit seulement un de plus qu’aujourd’hui ? Si le FN risque fort de dépasser le score actuel de deux élus au palais Bourbon, il semble peu probable qu’il réussisse à égaler ou dépasser son score de 1986 avec 35 sièges mais là encore, tout ce jouera sur la nuance.

Et les petits candidats ?

Tout d’abord, prenons des nouvelles des anciens candidats de la présidentielle. L’UPR de François Asselineau (se présentant en Seine-saint-Denis) proposera 574 candidats. Solidarité et Progrès de Jacques Cheminade ne sera pas présent en revanche et Jean Lassalle tentera de briguer un second mandat. Debout la France ! de Nicolas Dupont-Aignan a annoncé avoir investi environ 400 candidats. Quant à Lutte Ouvrière, 553 candidats seront sur la ligne de départs dont Nathalie Arthaud.
Mais les législatives sont aussi l’occasion pour de plus petits partis de faire entendre leur voix. Ainsi, de nombreux mouvements, associations et partis écologistes et animaliers émergent comme le Parti Animaliste, ou l’Union pour le Vivant qui regroupe Parti antispéciste citoyen pour la transparence et l’éthique, qui présente 19 candidats), le Parti citoyen pour les animaux (18 candidats), le Mouvement citoyen pour la protection animale, Force pour le vivant, et Génération végétale. Le mouvement 100% a décidé lui de ne présenter que des candidats de la société civile et dont nous avons déjà évoqué le leader plus haut : Francis Lalanne. Dans cette même lignée, on trouve « Allons Enfants », un mouvement transpartisan et ne présentant que des candidats (58 au total) de moins de 25 ans et souhaitant se battre pour une tranche d’âge largement sous-représentée au Palais Bourbon et souvent oubliée dans les décisions politiques. Le parti « Ma Voix » arbore des affiches sans visages mais avec une surface réfléchissant le visage de celui ou celle qui la regarde. L’idée est de faire de ses candidats tirés au sort de simples portes paroles de la population via Internet et de rendre le pouvoir au peuple, dans le même axe que la Relève Citoyenne qui s’est alliée avec le célèbre Parti Pirate qui prône la libre diffusion de contenu culturel sur internet. On note aussi le Parti du Vote blanc étant axé lui aussi sur un combat : la reconnaissance du vote blanc.
Mais démocratie oblige, on trouve au milieu de tout cela l’Alliance Royaliste et ses 16 candidats voulant remettre un roi au sommet de la France. Quant à l’extrême droite, elle ne compte pas que le FN. Son principale rival à sa droite est le Parti de la France crée par Carl Lang, ancien du Front National remercié par Marine Le Pen mais soutenu par Jean-Marie. Le PDF est soutenu par Civitas, mouvement catholique extremiste et presentera par exemple Alexandre Gabriac, fondateur des Jeunesses nationalistes, déjà condamné à de la prison ferme pour organisation de rassemblement interdit, et exclu du FN en 2011 à la suite de la diffusion d’une image le montrant en train d’effectuer le salut nazi.

 

Mais ne nous mentons pas. Ce que l’Histoire retiendra de cette élection sera la confirmation ou non du phénomène Macron, la montée ou non des extrêmes, la chute ou non des partis qui prédominaient le monde politique.
Toutefois, qui peut ignorer la montée et la multiplication des petits partis ? Il est clair que notre époque voit peu à peu la destruction possible d’un modèle archaïque, visiblement en putréfaction et de plus en plus contesté de représentation démocratique et de plus en plus de français refusent de se plier aux mastodontes politiques existants et cherchent de nouvelles voix, quitte à se donner la parole eux-même. Dans ce contexte, la démocratie et l’honnêteté intellectuelle nous forcent à ne plus rire de ces petits candidats et partis quand bien même tout semble les diriger à une sévère défaite, car en plus de l’application de droits démocratiques élémentaires, ils se pourrait bien qu’un jour, ils leur reviennent de révolutionner notre république.

Raphaël Godefroid

 

 

 

 

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