Allemagne : la déroute

L’Allemagne a subit ce 24 septembre un séisme politique jusque là inédit depuis la réunification. En effet, les élections au parlement européen ont vu l’entrée massive de l’extrême droite au Bundestag et une défaite historiques pour les partis ordinairement au pouvoir.

Dimanche 24 septembre 2017 restera pour l’histoire politique allemande et aussi mondiale une date à part.

Ce soir là, Angela Merkel est sans surprise reconduite dans ses fonctions pour un quatrième mandat consécutif ; son avance n’avait eu de cesse de se creuser face à son rival Martin Schultz de la SPD. Ce dernier étant définitivement hors course, le champ a donc été libre à l’extrême gauche (die Linke) et à l’extrême droite (AFD) pour capter le vote anti-merkel. Et à ce petit jeu le parti Alternative Für Deutschland se démarque avec 12,6 % des voix et 94 sièges.

 

Extrême droite au Bundestag : un arrière goût amère

Avec 12,6% des voix (+7,9% par rapport au précédent scrutin de 2013), le parti d’extrême droite se place en clair troisième et estomaque une partie des observateurs internationaux. l’AFD (en français Alternative pour l’Allemagne) , mené par des personnalités tel que Alexander Gauland et Alice Weidel tiens un discours résolument anti-islam, anti-europe, et parfois révisionniste (Alexander Gauland n’hésitera à vanter « les performances des soldats » de la Wehrmacht du troisième Reich)

Le parti assure « changer le pays » et se lancer dans une « chasse à Merkel », dont les meetings sont régulièrement agités par des « Hau ab ! » (« dégage ! ») de militants. Ainsi, ce vote clôt une époque, celle où l’Allemagne était le seul pays européen à ne pas avoir de parti d’extrême droite à son parlement.

Schultz tombe, Merkel trébuche

En effet, les percées de partis extrémistes ne se font jamais sans bousculer les formations habituellement en place et l’Allemagne n’a clairement pas fait exception. Ainsi, la CDU d’Angela Merkel et le SPD de Martin Schultz enregistrent leur scores les plus bas depuis 1949 et 1945 respectivement. Cette « journée amère et difficile » inflige à celui qui était  l’opposant principale à la chancelière une sévère défaite et à la dite-chancelière un avertissement clair quand au futures échéances politiques et à sa gestion de problèmes sensibles.

Crédité de 20.5% des voix environ, le parti de Schultz semble vivre une mauvaise passe et tomber de haut. Mais c’est également l’avenir qui se complique car le parti va devoir en effet changer son approche tout en manœuvrant dans un mouchoir de poche, coincé entre les libéraux à droite et la gauche de die Linke.

Un avenir incertain

En effet, la SPD dans sa chute est décidé à ce que Merkel n’emporte pas cette élection au paradis. Ainsi dans son discours de reconnaissance du score, Schultz déclare que la coalition entre la CDU et son parti s’arrête là. Cette nouvelle plonge la « nouvelle-ancienne » chancelière dans une situation délicate. Ses 33% lui obligent une coalition mais sans son ancien partenaire. Hors de question évidement d’une cohabitation avec l’AFD mais la solution d’une cohabitation avec la FDP (libéraux démocrates) et les verts semblent plus qu’improbable au vu des différences fondamentales d’opinion sur des thèmes comme l’immigration et l’avenir du diesel. Cette coalition, dite « Jamaïcaine »  en référence aux couleurs des trois partis: noir pour la CDU, jaune pour la FDP, et vert pour les Grüne semble donc à la fois hautement improbable mais difficilement évitable. Précisons pour finir que ces tractations peuvent durer des mois mais qu’Angela Merkel ne sera reconduite officiellement qu’après cette étape.

Mais peut importe la couleur de cette future coalition au fond, puisque depuis ce dimanche planera sur l’Allemagne, l’Europe et le monde l’ombre menaçante d’un passé qui malgré des décennies d’efforts ne passe pas partout. Ceux qui croyaient l’Allemagne garde-fou de la lutte contre l’extrême droite, du fait surement de sa culture mémorielle vivent aujourd’hui une gifle dont les livres d’histoire se souviendront à fortiori. Mais le passé aussi terne soit il nous parle et le révisionnisme ne sera jamais une solution. Le passé a beau être repeint et caché pour satisfaire un égo national déviant, il ne sera jamais qu’une cicatrice que l’on essaye vainement de cacher sous du maquillage. Il y a fort à parier que les pays développés auront bientôt à choisir entre deux voix : un recommencement du passé ou son humble intégration dans la construction d’un futur meilleur.

 

Raphaël Godefroid

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