16 ans après, l’enquête sur l’explosion de l’usine AZF n’est pas résolue

Plusieurs hypothèses ont été avancées – et n’ont toujours pas été confirmées ou infirmées – pour expliquer l’explosion de l’usine AZF, le 21 septembre 2001, dix jours après l’attentat meurtrier des Tours Jumelles à New York.Par Stanislas Racine | Le 09/11/2017 à 19h49 | Crédits photos : AFP, Sud-ouest

• La version officielle, contestée de nos jours : l’accident chimique

Cette thèse, privilégiée par la justice depuis le début, a connu de nombreux avatars. Selon sa dernière version, la catastrophe a été provoquée par le déversement malencontreux d’une benne contenant un produit chloré, le DCCNa, dans le sas du hangar 221, une vingtaine de minutes avant l’explosion. Au contact du nitrate humidifié par le vent d’autan qui soufflait ce jour-là, ce DCCNa aurait entraîné la formation d’un composé instable, le trichlorure d’azote. Lequel aurait détoné et provoqué l’explosion des 300 tonnes de nitrates. Lors du procès en appel, les débats ont clairement mis en évidence les invraisemblances de ce scénario alambiqué. Aucune trace de DCCNa n’a été retrouvée dans le bâtiment où la benne a été confectionnée, le sol où elle a été déversée était sec (sans eau la réaction ne peut se produire) et la disposition en «sandwich» des différents réactifs (une couche de nitrate humide recouverte par du DCCNa, puis par une autre couche de nitrate…), imaginée par les experts est matériellement impossible à obtenir. Enfin, l’énergie dégagée par la réaction, si elle se produit, n’est pas suffisante pour entraîner la détonation du stock de nitrate d’ammonium. Cette version, avancée par les autorités, perd donc de sa crédibilité au fil des années – mais personne n’arrive à prouver d’autres hypothèses.

• L’hypothèse d’un explosif de la Première Guerre mondiale

Le 13 décembre 2011, la société Saica Park, spécialisée dans la fabrication de carton ondulé et située à quelques centaines de mètres d’AZF, est victime d’une «explosion spontanée». La détonation, qui n’a fait aucune victime, a été assez puissante pour éventrer une dalle de béton sur plusieurs mètres carrés. Des bâtonnets de nitrocellulose, retrouvés dans les gravats, pourraient être à l’origine du sinistre. Plusieurs milliers de tonnes de ce puissant explosif datant de la Première Guerre mondiale ont en effet été enterrées dans le périmètre de l’ancienne poudrerie nationale. Périmètre à l’intérieur duquel Seica Park et AZF ont été bâties par la suite. Y avait-il de la nitrocellulose sous le hangar 221 ? Auquel cas la même cause aurait-elle pu produire les mêmes effets ? Cette information, qui aurait pu relancer l’affaire, n’a été rendue publique que deux mois plus tard, à quelques jours seulement de la fin du procès en appel – insuffisant donc, pour lancer des investigations plus poussées.

• La piste inexplorée d’un attentat

Écartée d’emblée par le procureur de Toulouse, la piste terroriste part de la découverte, près du lieu de l’explosion, du cadavre d’un ouvrier intérimaire étrangement revêtu de plusieurs caleçons. Les Renseignements généraux révèlent qu’il fréquentait la mouvance islamiste toulousaine et font le parallèle entre sa tenue et celles de certains djihadistes soucieux de préserver leur intégrité physique en vue d’honorer les 70 vierges promises au paradis. Les responsables du SRPJ parlent de « digressions géo-politico-religieuses invérifiables » (mais aucune enquête n’a été lancée…) et « ferment » cette porte. Pourtant, en 2007, les responsables de la communauté d’Artigat, visée par la note des RG, sont arrêtés et condamnés pour avoir acheminé des djihadistes vers l’Irak. Récemment, on apprenait que le frère de Mohamed Merah avait été, lui aussi, en contact avec ce groupe terroriste. Pour autant, cette piste, faute d’investigations, restera sans doute à jamais lettre morte, faisant le jeu de toutes sortes de théories complotistes – certains pensant qu’il s’agit d’un mensonge d’état et que quelque chose de bien plus grave est caché sous ces ruines.

Quoiqu’il en soit, cette explosion – qui avait tué 31 personnes et blessé plus de 2 500 – restera comme un énorme mystère politico-judiciaire. Le mardi 31 octobre, l’ancien directeur de l’usine Serge Biechlin a été condamné par la cour d’appel de Paris à une peine de 15 mois de prison avec sursis et à une amende de 10 000 € pour « homicide involontaire ». Et la société exploitante du site à l’époque, Grande Paroisse, filiale du groupe Total, a été condamnée à l’amende maximum de 225 000 €. Les familles ont décidé de « tourner la page ». Mais les passionnés de mystères, eux, restent sur leur faim.

Publicités

Réagissez

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s